Roman épistolaire | Définition et caractéristiques

Qu’il semble loin, le temps où l’on déclarait sa flamme au moyen d’une lettre passionnée, et où des amis éloignés géographiquement préservaient leur lien en se racontant les dernières nouvelles, qu’ils couchaient en lettres cursives sur un joli papier à lettres… Désormais, place aux déclarations d’amour par SMS et aux mises en scène décalées, filmées pour être diffusées sur les réseaux sociaux.

Heureusement, les amoureux de la missive manuscrite, faute de continuer à s’émerveiller de recevoir des lettres rédigées à la plume d’oie, peuvent toujours reporter leur ferveur sur un bastion sûr : le roman épistolaire.

Roman épistolaire def
Roman épistolaire : genre littéraire mettant en scène une correspondance (souvent fictive) consistant en un échange de lettres ou de notes.

Étant donné que la correspondance ou l’interaction est son socle, un roman épistolaire compte souvent plusieurs personnages, même si son intrigue peut reposer sur l’exposition de lettres venant d’un seul personnage. Une partie de l’échange est alors sciemment passé sous silence.

De la même façon, un roman épistolaire n’est pas forcément composé que de lettres, et peut laisser une place (toujours minoritaire) à une narration classique.

Une chose est sûre : même à l’ère du tout-numérique, ce genre protéiforme et apprécié des lecteurs n’a pas dit son dernier mot.

Lettre aux épistoliers en herbe
Écrire un roman épistolaire (ou tout autre type de texte à visée littéraire) est une entreprise semée d’embûches, notamment lorsqu’arrive le moment de se confronter aux affres de la grammaire, de la syntaxe et de l’orthographe. Coucher ses idées sur le papier (ou le clavier) exige en effet une certaine maîtrise formelle, en plus d’une motivation à toute épreuve.

Heureusement, nous proposons aujourd’hui des outils pour accompagner les auteurs en herbe dans ce voyage, et vous faciliter considérablement la tâche.

Un correcteur d’orthographe ultra performant, bien sûr, pour identifier et éliminer les scories qui auraient pu se nicher sous votre plume sans y avoir été invitées (et il y en a toujours…).

Mais aussi, pour vos recherches et questions techniques, un chat IA dernier cri, doté des derniers modèles de langage et prêt à répondre sans jugement à vos questions les plus inavouables, telles que « Comment conquérir son crush avec une lettre d’amour enflammée ? » ou « Quel est le meilleur roman épistolaire français ? ».

À utiliser sans modération durant le travail préparatoire, avant de se lancer dans la rédaction à proprement dit, ou au cours de la phase de réécriture !

Roman épistolaire : définition

C’est quoi, au juste, un roman épistolaire ?

Pour comprendre les ressorts et le succès du genre épistolaire dans son ensemble, il est important de définir précisément ce dont il s’agit.

Qu’est-ce qu’un roman épistolaire ?

Le roman épistolaire (terme dérivé du mot épître) est un genre littéraire qui repose sur la mise en scène d’une correspondance consistant en un échange de lettres, de notes ou de billets personnels.

Cette correspondance peut être fictive (ce qui représente la majorité des œuvres concernées), ou réelle. Dans ce dernier cas, le roman épistolaire rentre souvent dans le genre de la biographie ou de l’autobiographie en parallèle.

Roman épistolaire exemple
Lettre d’une inconnue, de Stefan Zweig, est un cas d’école du genre.

Roman très court (si bien qu’on peut volontiers parler de novella le concernant), son intrigue repose sur une seule et même lettre, envoyée à un écrivain célèbre — sobrement nommé R. — par une femme qui lui est de prime abord inconnue…

Seuls deux paragraphes qui relèvent de la narration traditionnelle en début de roman, ainsi que deux paragraphes conclusifs du même acabit, sortent du tracé de cette lettre.

Ils servent dans un premier temps à encadrer cette dernière, mais aussi à poser le cadre spatio-temporel de l’histoire.

Puis, après lecture du courrier, ils permettent de passer du point de vue de son autrice à celui de R., montrant ainsi le retentissement que ces révélations ont sur lui, et jetant une lumière intérieure sur les pensées et les émotions qui le traversent.

Jusque dans son titre, cette œuvre du regretté Zweig affiche sans détour son appartenance au genre épistolaire.

Nota bene
Souvent, on parle volontiers de roman épistolaire en y incluant toutes les littératures d’ordre épistolaire. Il s’agit en réalité d’un abus de langage entériné par la terminologie littéraire.

On rencontre également des nouvelles épistolaires, dont les caractéristiques techniques sont techniquement les mêmes que celles des romans épistolaires ; seule la taille change, sinon, il n’y a aucune différence.

Si l’on tient vraiment à faire preuve de précision, les deux formats peuvent être englobés sous une seule et même dénomination : celle du genre épistolaire, lequel désigne globalement toute littérature composée de correspondances.

Sur le plan de la forme, un récit épistolaire se construit par le biais de lettres écrites par un ou plusieurs personnages.

Roman épistolaire monophonique vs roman épistolaire polyphonique
Un roman épistolaire qui présente une correspondance croisée, articulée autour de plusieurs voix, est dit polyphonique, tandis qu’un roman épistolaire composé à partir des lettres d’un seul personnage adopte une narration monophonique (ou monodique).

L’effet de réel qu’un roman épistolaire, même fictif, s’attache à reproduire passe par l’utilisation d’éléments récurrents, qui empruntent aux lettres réelles :

  • adresse du destinataire et/ou du destinateur en entête,
  • formule de politesse introductive, telle que Mon cher…, suivie d’un retour paragraphe,
  • formule de politesse conclusive,
  • date en entête ou en fin de lettre,
  • mention du lieu d’écriture, voire signature personnalisée.

Ces éléments ne sont pas forcément tous présents, mais il est rare que l’on n’en retrouve aucun. C’est une question de repérage et d’identification pour le lecteur.

Exemple de mise en page de roman épistolaire

« GALERIE SCHULSE-EISENSTEIN,
SAN FRANCISCO, CALIFORNIE, USA

Le 12 novembre 1932

Herrn Martin Schulse
Schloss Rantzenburg
Munich, ALLEMAGNE

Mon cher Martin,

Te voilà de retour en Allemagne. Comme je t’envie… Je n’ai pas revu ce pays depuis mes années d’étudiant, mais le charme d’Unter den Linden agit encore sur moi, tout comme la largeur de vues, la liberté intellectuelle, les discussions, la musique, la camaraderie enjouée que j’ai connues là-bas. Et voilà que maintenant on en a même fini avec l’esprit hobereau, l’arrogance prussienne et le militarisme. C’est une Allemagne démocratique que tu retrouves, une terre de culture où une magnifique liberté politique est en train de s’instaurer. Il y fera bon vivre. »

(Kathrine Kressmann Taylor, Inconnu à cette adresse (extrait d’une lettre) — 1938)

Toute la force du récit épistolaire réside dans sa faculté à permettre au lecteur d’accéder à l’intimité des personnages, qui est certes caractéristique de tous les types de récits composés au point de vue interne, mais qui gagne indéniablement en intensité lorsque les informations, sentiments et révélations sont rapportés par la voix la plus brute, la plus authentique que les personnages puissent exprimer.
Le temps d’une lettre, ou de plusieurs, aucune voix narrative extérieure ne peut venir défaire, polluer ou altérer ce lien. Cela se passe uniquement entre l’épistolier et le lecteur, qui est sciemment placé dans une position d’« épieur », bénéficiant ainsi d’un accès privilégié au for intérieur du personnage qui prend la plume.

Cette position — bien sûr totalement artificielle et voulue — de voyeur clandestin fait partie du pacte narratif implicite qu’un auteur de roman épistolaire passe avec son lecteur. Chacun y consent naturellement, il n’y a pas de piège tendu à ce niveau.

Être ou ne pas être épistolaire ?, telle est la question

Si la définition même du roman épistolaire est basée sur la présence d’une correspondance sous la forme de lettres échangées, cela signifie-t-il que chaque texte littéraire qui intègre des lettres, même une seule, dans sa narration peut être qualifié de roman épistolaire ?

Pas du tout, et c’est là toute la subtilité de la chose.

Imaginons qu’un roman repose essentiellement sur une narration classique, laquelle est néanmoins épisodiquement entrecoupée de lettres échangées par les deux protagonistes. Au lieu de résumer ces courriers après lecture supposée par le receveur, l’auteur nous les donne à voir et à lire par souci de réalisme et volonté de nous plonger, nous lecteurs, dans l’intimité brute des personnages.

Peut-on dire de ce roman qu’il est épistolaire ? Eh bien, pas vraiment…

Roman épistolaire caractéristiques
Les Ardents d’Alice Winn est un roman qui nous plonge directement dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, et au cœur des batailles qui ont lieu sur la ligne de front.

Henry Gaunt et Sidney Elwood, deux jeunes garçons de la haute société anglaise, vivent dans le même pensionnat et entretiennent une amitié pour le moins fusionnelle. Mais lorsqu’Henry s’engage dans l’armée anglaise et part au front, Sidney est bien décidé à le suivre, au grand dam de son ami qui refuse, une fois plongé dans le grand bain des horreurs de la guerre, de le voir faire la même bêtise que lui.

Durant tout le temps qu’ils sont séparés, les deux protagonistes échangent des lettres pudiques.

Pour autant, ces lettres ne constituent pas la majorité du récit sur le plan formel, loin de là. Cette correspondance n’est entretenue que temporairement, et d’ailleurs, lorsqu’Henry et Sidney sont enfin réunis, le roman est loin d’être terminé, et les lettres deviennent pourtant absentes, sans que cela bouleverse la structure de l’intrigue ou remette en cause son existence en tant que telle.

Car Les Ardents, s’il utilise bel et bien une correspondance polyphonique comme un levier narratif et s’en sert pour faire avancer le récit et générer de la tension narrative, n’est pas un roman épistolaire à proprement parler. Si l’on tient vraiment à le ranger dans une case, il rentrerait d’abord dans le champ du roman historique.

Concrètement, pour qualifier un roman d’épistolaire, on peut s’appuyer sur deux éléments qui laissent peu de place au doute lorsqu’ils sont présents :

  • le récit épistolaire — soit les lettres, la correspondance à proprement parler — constitue la majorité du récit sur le plan de la forme ; elle écrase la narration classique en termes de proportion (comme c’est le cas dans Lettre d’une inconnue de Zweig),
  • les passages narratifs qui entrecoupent les lettres, lorsqu’il y en a, ne sont là que pour mieux les contextualiser et servir leur réception. Autrement dit, la correspondance entretenue (et ce qu’elle contient) doit se suffire à elle-même pour faire passer la plus grande partie de l’intrigue.

Sinon, un roman peut tout à fait comporter une partie de récit épistolaire… sans pour autant que cela soit suffisant pour le qualifier de roman épistolaire.

En somme, comme souvent en matière de genre littéraire, c’est la mesure qui détermine le genre dominant.

Roman épistolaire ≠ journal intime
Ce n’est pas un hasard si l’on confond régulièrement roman épistolaire et journal intime, surtout au premier abord.

Les deux genres présentent, il est vrai, des caractéristiques communes, comme le fait qu’ils s’adressent directement à quelqu’un et font usage de la première personne narrative (je, nous).

Néanmoins, la différence qui les éloigne repose sur un critère de taille : leur destinataire.

Les lettres présentées dans un roman épistolaire (qu’il soit polyphonique ou monophonique) s’adressent toujours très explicitement à un autre personnage. Leur écriture est donc pleinement tournée vers un tiers, qui se situe entre l’auteur et le lecteur.

À l’inverse, un journal intime n’a pas d’autre destinataire explicite que lui-même. En effet, même lorsqu’il s’agit d’un journal fictif et que l’auteur écrit en réalité pour un lectorat cible, son narrateur reste tourné vers lui-même.

Historique du roman épistolaire

Le roman épistolaire, à l’instar du genre épistolaire dans toute sa variété de formes, ne date pas d’hier.

Le roman épistolaire : un genre ancestral

Bien que l’Antiquité s’exerçât déjà à la correspondance entre personnages fictifs, par exemple chez Ovide et ses Héroïdes, ces échanges de nature littéraire ne prenaient pas encore la forme d’un roman à part entière.

Il faudra attendre 1548, soit le XVIe siècle, pour que soit publié le premier roman épistolaire reconnu en tant que tel : Processo de cartas de amores que entre dos amantes pasaron, écrit par l’espagnol Juan de Segura. À en juger par les romans épistolaires recensés par la suite, nous devons beaucoup à nos amis latins quant au développement du genre, puisque quelques années plus tard, en 1563, sort Lettere amorose, de l’italien Luigi Pasqualigo.

Hasard du calendrier ? C’est peu probable, puisque le XVIe siècle est également celui durant lequel se développe l’idée que l’on peut faire de l’écriture de lettres un art littéraire à part entière, doté de ses propres codes et caractéristiques formels. De ce fait, les premiers manuels d’épistolographie voient le jour.

En francophonie, il faudra attendre le XVIIe siècle et les Lettres portugaises (1669) de Guilleragues, composé de lettres rédigées par une religieuse portugaise et adressées à un officier français, pour que le genre commence à émerger.

Mais c’est véritablement avec l’arrivée du XVIIIe siècle que le roman épistolaire à la française atteint son apogée.

Le XVIIIe siècle, siècle du roman épistolaire

Dès l’entrée dans le siècle des Lumières, dont il sert les valeurs d’introspection, de critique morale et sociale, le roman épistolaire connaît une explosion sans précédent. Ainsi, le XVIIIe est considéré comme son âge d’or.

Dès 1721, Montesquieu propose un roman épistolaire bien éloigné de l’image mièvre et sirupeuse qu’il semblait cultiver jusqu’ici : ses Lettres persanes, dans une visée philosophique, se veulent mordantes et satiriques, critiques vis-à-vis de la religion.

Pour le coup, ce roman est particulièrement représentatif du roman épistolaire polyphonique ; pas moins de dix-neuf correspondants différents s’y renvoient la balle.

Roman épistolaire 18e siècle

« LETTRE XXII.
JARON AU PREMIER EUNUQUE.

À mesure qu’Usbek s’éloigne du sérail, il tourne sa tête vers ses femmes sacrées ; il soupire, il verse des larmes ; sa douleur s’aigrit, ses soupçons se fortifient. Il veut augmenter le nombre de leurs gardiens. Il va me renvoyer, avec tous les noirs qui l’accompagnent. Il ne craint plus pour lui ; il craint pour ce qui lui est mille fois plus cher que lui-même.

Je vais donc vivre sous tes lois, et partager tes soins. Grand Dieu ! qu’il faut de choses pour rendre un seul homme heureux !

La nature sembloit avoir mis les femmes dans la dépendance, et les en avoir retirées : le désordre naissoit entre les deux sexes, parce que leurs droits étoient réciproques. Nous sommes entrés dans le plan d’une nouvelle harmonie : nous avons mis entre les femmes et nous la haine ; et entre les hommes et les femmes, l’amour.

Mon front va devenir sévère. Je laisserai tomber des regards sombres. La joie fuira de mes lèvres. Le dehors sera tranquille, et l’esprit inquiet. Je n’attendrai point les rides de la vieillesse pour en montrer les chagrins.

J’aurois eu du plaisir à suivre mon maître dans l’Occident ; mais ma volonté est son bien. Il veut que je garde ses femmes ; je les garderai avec fidélité. Je sais comment je dois me conduire avec ce sexe qui, quand on ne lui permet pas d’être vain, commence à devenir superbe, et qu’il est moins aisé d’humilier que d’anéantir. Je tombe sous tes regards.

De Smyrne, le 12 de la lune de Zilcadé, 1711. »

(Lettres persanes, Montesquieu — 1721)

En 1761, Julie ou la Nouvelle Héloïse de l’écrivain suisse Jean-Jacques Rousseau, qui pousse le genre au sommet de son efficacité en matière d’exploration de la psychologie humaine, voit le jour. L’œuvre fait des émules, au point de devenir l’un des plus grands succès de librairie du siècle.

Et bien évidemment, parmi les romans épistolaires les plus connus, on trouve Les Liaisons dangereuses, érigé au rang de classique du genre.

Les Liaisons dangereuses, roman épistolaire par excellence

Les Liaisons dangereuses, écrit par Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803), est un roman qui a incontestablement marqué l’histoire littéraire du XVIIIe siècle.

Publié en 1782 et composé de 175 lettres, il rapporte la correspondance (purement fictive) de deux aristocrates libertins qui, ayant été autrefois amants, se confient l’un à l’autre leurs projets de conquêtes amoureuses et se lancent des défis de manipulation affective et sexuelle.

Entre la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, les protagonistes, difficile de décréter lequel est le plus pervers, le plus machiavélique ou le plus cynique des deux… Et c’est là toute la force de ces personnages, dont la gouaille et la lubricité décomplexée frappent dès les premières lignes.

Romans épistolaires les plus connus : les Liaisons dangereuses

« Lettre XX.

La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont.

Ah ! fripon, vous me cajolez, de peur que je ne me moque de vous. Allons, je vous fais grâce : vous m’écrivez tant de folies, qu’il faut bien que je vous pardonne la sagesse où vous tient votre présidente. Je ne crois pas que mon chevalier eût autant d’indulgence que moi ; il serait homme à ne pas approuver notre renouvellement de bail, & à ne rien trouver de plaisant dans votre folle idée. J’en ai pourtant bien ri, & j’étais vraiment fâchée d’être obligée d’en rire toute seule. Si vous eussiez été là, je ne sais où m’aurait menée cette gaieté : mais j’ai eu le temps de la réflexion, & je me suis armée de sévérité. Ce n’est pas que je refuse pour toujours ; mais je diffère, & j’ai raison. J’y mettrais peut-être de la vanité ; &, une fois piquée au jeu, on ne sait plus où l’on s’arrête. Je serais femme à vous enchaîner de nouveau, à vous faire oublier votre présidente ; & si j’allais, moi indigne, vous dégoûter de la vertu, voyez quel scandale ! Pour éviter ce danger, voici mes conditions :

Aussitôt que vous aurez eu votre belle dévote, que vous pourrez m’en fournir une preuve, venez, & je suis à vous. Mais vous n’ignorez pas que dans les affaires importantes, on ne reçoit de preuves que par écrit. Par cet arrangement, d’une part, je deviendrai une récompense au lieu d’être une consolation ; & cette idée me plaît davantage : de l’autre, votre succès en sera plus piquant, en devenant lui-même un moyen d’infidélité. Venez donc ; venez au plus tôt m’apporter le gage de votre triomphe : semblable à nos preux chevaliers qui venaient déposer aux pieds de leur dame les fruits brillants de leur victoire. Sérieusement, je suis curieuse de voir ce que peut écrire une prude après un tel moment, & quel voile elle met sur ses discours, après n’en avoir plus laissé sur sa personne. C’est à vous de voir si je me mets à un prix trop haut ; mais je vous préviens qu’il n’y a rien à rabattre. Jusque-là, mon cher vicomte, vous trouverez bon que je reste fidèle à mon chevalier, & que je m’amuse à le rendre heureux, malgré le petit chagrin que cela vous cause.

Cependant, si j’avais moins de mœurs, je crois qu’il aurait dans ce moment un rival dangereux ; c’est la petite Volanges. Je raffole de cette enfant : c’est une vraie passion. Ou je me trompe, ou elle deviendra une de nos femmes les plus à la mode. Je vois son petit cœur se développer, & c’est un spectacle ravissant. Elle aime déjà son Danceny avec fureur ; mais elle n’en sait encore rien. Lui-même, quoique très amoureux, a encore la timidité de son âge & n’ose pas trop le lui apprendre. Tous deux sont en adoration vis-à-vis de moi. La petite surtout a grande envie de me dire son secret ; particulièrement depuis quelques jours je l’en vois vraiment oppressée, & je lui aurais rendu un grand service de l’aider un peu ; mais je n’oublie pas que c’est une enfant, & je ne veux pas me compromettre. Danceny m’a parlé un peu plus clairement ; mais, pour lui, mon parti est pris, je ne veux pas l’entendre. Quant à la petite, je suis souvent tentée d’en faire mon élève ; c’est un service que j’ai envie de rendre à Gercourt. Il me laisse du temps, puisque le voilà en Corse jusqu’au mois d’octobre. J’ai dans l’idée que j’emploierai ce temps-là, & que nous lui donnerons une femme toute formée, au lieu de son innocente pensionnaire. Quelle est donc en effet l’insolente sécurité de cet homme, qui ose dormir tranquille, tandis qu’une femme qui a à se plaindre de lui ne s’est pas encore vengée ? Tenez, si la petite était ici dans ce moment, je ne sais ce que je ne lui dirais pas.

Adieu, vicomte ; bonsoir & bon succès : mais, pour Dieu, avancez donc. Songez que si vous n’avez pas cette femme, les autres rougiront de vous avoir eu.

De…, ce 20 août 17…

Lettre XXI.

Le vicomte de Valmont à la marquise de Merteuil.

Enfin, ma belle amie, j’ai fait un pas en avant, mais un grand pas, & qui, s’il ne m’a pas conduit jusqu’au but, m’a fait connaître au moins que je suis dans la route & a dissipé la crainte où j’étais de m’être égaré. J’ai enfin déclaré mon amour, & quoiqu’on ait gardé le silence le plus obstiné, j’ai obtenu la réponse peut-être la moins équivoque & la plus flatteuse : mais n’anticipons pas sur les événements, & reprenons de plus haut.

Vous vous souvenez qu’on faisait épier mes démarches. En bien, j’ai voulu que ce moyen scandaleux tournât à l’édification publique, & voici ce que j’ai fait. J’ai chargé mon confident de me trouver, dans les environs, quelque malheureux qui eût besoin de secours. Cette commission n’était pas difficile à remplir. Hier après-midi, il me rendit compte qu’on devait saisir aujourd’hui, dans la matinée, les meubles d’une famille entière qui ne pouvait payer la taille. Je m’assurai qu’il n’y eût dans cette maison aucune femme ou fille dont l’âge ou la figure pussent rendre mon action suspecte ; &, quand je fus bien informé, je déclarai à souper mon projet d’aller à la chasse le lendemain. Ici je dois rendre justice à ma Présidente : sans doute elle eut quelques remords des ordres qu’elle avait donnés, &, n’ayant pas la force de vaincre sa curiosité, elle eut au moins celle de contrarier mon désir. Il devait faire une chaleur excessive ; je risquais de me rendre malade ; je ne tuerais rien, & me fatiguerais en vain ; &, pendant ce dialogue, ses yeux, qui parlaient peut-être mieux qu’elle ne voulait, me faisaient assez connaître qu’elle désirait que je prisse pour bonnes ses mauvaises raisons. Je n’avais garde de m’y rendre, comme vous pouvez croire, & je résistai de même à une petite diatribe contre la chasse & les chasseurs, & à un petit nuage d’humeur qui obscurcit, toute la soirée, cette figure céleste. Je craignis un moment que ses ordres ne fussent révoqués & que sa délicatesse ne me nuisît. Je ne calculais pas la curiosité d’une femme, aussi me trompais-je. Mon chasseur me rassura dès le soir même, & je me couchai satisfait.

Au point du jour je me lève & je pars. À peine à cinquante pas du château, j’aperçois mon espion qui me suit. J’entre en chasse & marche à travers champs vers le village où je voulais me rendre, sans autre plaisir, dans ma route, que de faire courir le drôle qui me suivait, & qui, n’osant pas quitter les chemins, parcourait souvent, à toute course, un espace triple du mien. À force de l’exercer, j’ai eu moi-même une extrême chaleur, & je me suis assis au pied d’un arbre. N’a-t-il pas eu l’insolence de couler derrière un buisson qui n’était pas à vingt pas de moi, & de s’y asseoir aussi. J’ai été tenté un moment de lui envoyer mon coup de fusil, qui, quoique de petit plomb seulement, lui aurait donné une leçon suffisante sur les dangers de la curiosité ; heureusement pour lui, je me suis ressouvenu qu’il était utile & même nécessaire à mes projets : cette réflexion l’a sauvé.

Cependant j’arrive au village ; je vois de la rumeur ; je m’avance ; j’interroge ; on me raconte le fait. Je fais venir le collecteur, &, cédant à ma généreuse compassion, je paie noblement cinquante-six livres, pour lesquelles on réduisait cinq personnes à la paille et au désespoir. Après cette action si simple, vous n’imaginez pas quel chœur de bénédictions retentit autour de moi de la part des assistants ! Quelles larmes de reconnaissance coulaient des yeux du vieux chef de cette famille, & embellissaient cette figure de patriarche, qu’un moment auparavant l’empreinte farouche du désespoir rendait vraiment hideuse ! J’examinais ce spectacle, lorsqu’un autre paysan, plus jeune, conduisant par la main une femme & deux enfants, & s’avançant vers moi à pas précipités, leur dit : « Tombons tous aux pieds de cette image de Dieu » ; & dans le même instant j’ai été entouré de cette famille prosternée à mes genoux. J’avouerai ma faiblesse : mes yeux se sont mouillés de larmes, & j’ai senti en moi un mouvement involontaire, mais délicieux. J’ai été étonné du plaisir qu’on éprouve en faisant le bien, & je serais tenté de croire que ce que nous appelons les gens vertueux n’ont pas tant de mérite qu’on se plaît à nous dire.

Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé juste de payer à ces pauvres gens le plaisir qu’ils venaient de me faire. J’avais pris dix louis sur moi, je les leur ai donnés. Ici ont recommencé les remerciements, mais ils n’avaient plus ce même degré de pathétique ; le nécessaire avait produit le grand, le véritable effet ; le reste n’était qu’une simple expression de reconnaissance & d’étonnement pour des dons superflus.

Cependant, au milieu des bénédictions bavardes de cette famille, je ne ressemblais pas mal au héros d’un drame, dans la scène du dénouement. Vous remarquerez que dans cette foule était surtout le fidèle espion. Mon but était rempli : je me dégageai d’eux tous, & regagnai le château. Tout calculé, je me félicite de mon invention. Cette femme vaut bien sans doute que je me donne tant de soins ; ils seront un jour mes titres auprès d’elle ; & l’ayant, en quelque sorte, ainsi payée d’avance, j’aurai le droit d’en disposer à ma fantaisie, sans avoir de reproche à me faire.

J’oubliais de vous dire que pour mettre tout à profit, j’ai demandé à ces bonnes gens de prier Dieu pour le succès de mes projets. Vous allez voir si déjà leurs prières n’ont pas été en partie exaucées… Mais on m’avertit que le souper est servi, & il serait trop tard pour que cette lettre partît, si je ne la fermais qu’en me retirant. Ainsi le reste à l’ordinaire prochain. J’en suis fâché, car le reste est le meilleur. Adieu, ma belle amie. Vous me volez un moment du plaisir de la voir.

De…, ce 20 août 17… »

(Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Dixième et onzième lettre — 1782)

Des lettres annexes, échangées entre d’autres personnages, peuvent cependant apparaître au fil du récit. C’est d’ailleurs le cas du courrier qui ouvre le roman, rédigé par Cécile de Volanges. Celle-ci se révélera être par la suite la cible de la marquise de Verteuil, bien décidée à instrumentaliser les charmes de son ami le vicomte de Valmont pour corrompre la jeune fille.

Roman épistolaire : Les Liaisons dangereuses

« Cécile Volanges à Sophie Carnay, aux Ursulines de…..

Tu vois, ma bonne amie, que je te tiens parole, & que les bonnets & les pompons ne prennent pas tout mon temps ; il m’en restera toujours pour toi. J’ai pourtant vu plus de parures dans cette seule journée que dans les quatre ans que nous avons passés ensemble, & je crois que la superbe Tanville aura plus de chagrin à ma première visite, où je compte bien la demander, qu’elle n’a cru nous en faire toutes les fois qu’elle est venue nous voir in fiocchi. Maman m’a consultée sur tout, & elle me traite beaucoup moins en pensionnaire que par le passé. J’ai une femme de chambre à moi ; j’ai une chambre & un cabinet dont je dispose, & je t’écris à un secrétaire très-joli, dont on m’a remis la clef, & où je peux renfermer tout ce que je veux. Maman m’a dit que je la verrais tous les jours à son lever ; qu’il suffisait que je fusse coiffée pour dîner, parce que nous serions toujours seules, & qu’alors elle me dirait chaque jour l’heure où je devrais l’aller joindre l’après-midi. Le reste du temps est à ma disposition, & j’ai ma harpe, mon dessin, & des livres comme au couvent ; si ce n’est que la mère Perpétue n’est pas là pour me gronder, & qu’il ne tiendrait qu’à moi d’être toujours sans rien faire : mais comme je n’ai pas ma Sophie pour causer ou pour rire, j’aime autant m’occuper.

Il n’est pas encore cinq heures ; je ne dois aller retrouver maman qu’à sept ; voilà bien du temps, si j’avais quelque chose à te dire ! Mais on ne m’a encore parlé de rien ; & sans les apprêts que je vois faire, & la quantité d’ouvrières qui viennent toutes pour moi, je croirais qu’on ne songe pas à me marier, & que c’est un radotage de plus de la bonne Joséphine. Cependant maman m’a dit si souvent qu’une demoiselle devait rester au couvent jusqu’à ce qu’elle se mariât, que puisqu’elle m’en fait sortir, il faut bien que Joséphine ait raison.

Il vient d’arrêter un carrosse à la porte, & maman me fait dire de passer chez elle, tout de suite. Si c’était le monsieur ! Je ne suis pas habillée, la main me tremble & le cœur me bat. J’ai demandé à la femme de chambre si elle savait qui était chez ma mère : « Vraiment, m’a-t-elle dit, c’est M. C***. » Et elle riait. Oh ! je crois que c’est lui. Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. Voilà toujours son nom. Il ne faut pas se faire attendre. Adieu, jusqu’à un petit moment.

Comme tu vas te moquer de la pauvre Cécile ! Oh ! j’ai été bien honteuse ! Mais tu y aurais été attrapée comme moi. En entrant chez maman, j’ai vu un Monsieur en noir, debout auprès d’elle. Je l’ai salué du mieux que j’ai pu, & suis restée sans pouvoir bouger de ma place. Tu juges combien je l’examinais ! « Madame, a-t-il dit à ma mère, en me saluant, voilà une charmante demoiselle, & je sens mieux que jamais le prix de vos bontés. » À ce propos si positif, il m’a pris un tremblement tel que je ne pouvais me soutenir : j’ai trouvé un fauteuil, & je m’y suis assise, bien rouge & bien déconcertée. J’y étais à peine, que voilà cet homme à mes genoux. Ta pauvre Cécile alors a perdu la tête ; j’étais, comme dit maman, tout effarouchée. Je me suis levée en jetant un cri perçant ; … tiens, comme ce jour du tonnerre. Maman est partie d’un éclat de rire, en me disant : « Eh bien ! qu’avez-vous ? Asseyez-vous, & donnez votre pied à monsieur. » En effet, ma chère amie, le monsieur était un cordonnier : je ne peux te rendre combien j’ai été honteuse ; par bonheur il n’y avait que maman. Je crois que quand je serai mariée, je ne me servirai plus de ce cordonnier-là.

Conviens que nous voilà bien savantes ! Adieu. Il est près de six heures, ma femme de chambre dit qu’il faut que je m’habille. Adieu, ma chère Sophie : je t’aime comme si j’étais encore au couvent.

P.S Je ne sais par qui envoyer ma lettre : ainsi j’attendrai que Joséphine vienne.

Paris, ce 3 août 17… »

(Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Première lettre — 1782)

On le sait peu, mais avant de devenir le chef-d’œuvre que l’on connaît — au point d’être, malgré sa composition et sa morale sulfureuses, érigé au rang de classique de la littérature française —, Les Liaisons dangereuses a dû attendre le début du XXe siècle pour acquérir ses lettres de noblesse (sans mauvais jeu de mots…).

Sur le plan technique, ce roman psychologique est encore, à ce jour, considéré comme une prouesse du genre épistolaire.

En effet, hormis un avertissement préliminaire de l’éditeur, ainsi qu’une note qui conclut le roman, Les Liaisons dangereuses est entièrement composé de lettres datées. Le lecteur n’a qu’elles pour retracer, comprendre et apprécier l’histoire.

Pourtant, grâce à sa polyphonie parfaitement maîtrisée, à sa langue aussi élégante que percutante, à sa progression narrative chiadée et à son dénouement volontairement équivoque, le lecteur n’a aucun mal à se projeter dans la vie des personnages. Il en ressort même largement ébranlé dans ses convictions morales initiales, et ce malgré l’absence de narration classique.

Partant d’une satire esquissée au vitriol de la société mondaine, Les Liaisons dangereuses a gagné avec le temps son titre de pièce maîtresse de la production littéraire populaire au sens le plus noble… et certainement le moins consensuel du terme.

Les raisons de ce plébiscite tiennent très certainement au portrait intime, quasi sociopsychologique que dresse Laclos à travers des personnages réalistes malgré leurs outrances, ainsi qu’un propos implicite résolument avant-gardiste pour l’époque.

Le déclin relatif du roman épistolaire au XIXe siècle

Avec le nouvel essor des genres réaliste et naturaliste, le roman épistolaire perd du terrain à partir du XIXe siècle.

Toutefois, la littérature ayant été de tout temps traversée par des modes d’une part et des courants minoritaires d’autre part, cela n’empêche pas l’art épistolaire de subsister, et à ce siècle de nous avoir légué des œuvres qui ont marqué le genre.

Les souffrances du jeune Werther (1774) de Goethe en est un exemple, mais ne négligeons pas les aventures de ce cher comte Dracula, dont on a un peu trop tendance à oublier son appartenance au genre épistolaire.

Dracula : roman épistolaire court extrait
« Elle sourit et dit quelque chose à un homme en manches de chemise qui l’avait suivie. Il disparut, mais revint aussitôt et me tendit une lettre. Voici ce que je lus :

Mon ami,

Soyez le bienvenu dans les Carpates. Je vous attends avec impatience. Dormez bien cette nuit. La diligence part pour la Bukovine demain après-midi à trois heures ; votre place est retenue. Ma voiture vous attendra au col de Borgo pour vous amener jusqu’ici. J’espère que depuis Londres votre voyage s’est bien passé et que vous vous féliciterez de votre séjour dans mon beau pays.

Très amicalement,
DRACULA. »

(Bram Stoker, Dracula — 1897)

La réinvention contemporaine du roman épistolaire

Écartons dès à présent toute tentation d’enterrer le roman épistolaire : ce dernier continue d’exister sous sa forme la plus classique et suscite toujours l’émulation du public. Il n’y a qu’à regarder le succès du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, paru en 2008 et aussitôt devenu un best-seller international.

Mais s’il est bien un genre qui ne s’est pas reposé sur ses lauriers pour autant, c’est bien celui-ci… À l’heure où les bureaux de poste ferment boutique les uns après les autres, supplantés par des modes de communication instantanés, le roman épistolaire a su opérer sa mue pour toucher de nouveaux publics et continuer à se faire le témoin des mœurs et des évolutions sociolinguistiques de son temps.

Au XXe siècle, là où la littérature casse les codes, devient populaire et se démocratise progressivement auprès de toutes les classes sociales, le roman épistolaire se permet même de s’inviter dans des catégories où on ne l’attend pas, à l’instar de la littérature jeunesse.

Exemple de roman épistolaire
Lettres de l’intérieur (1998) de John Marsden est un roman épistolaire pour adolescents qui repose entièrement sur la correspondance entre deux jeunes filles, dont l’une, Tracey, a passé une petite annonce en quête d’un échange amical. Mandy, qui y a répondu, se rend rapidement compte que Tracey n’est pas tout à fait celle qu’elle prétend être, et décide de mener sa petite enquête. Elle ne dispose de rien d’autre que de leurs échanges épistolaires pour y parvenir… tout comme le lecteur.

Le vocabulaire et le niveau de langue sont adaptés aussi bien à l’âge des deux personnages qui rédigent les lettres qu’à celui du lectorat visé.

Extrait :

« 18 février

Chère Mandy,

Merci d’avoir écrit. Tu écris si bien, beaucoup mieux que moi. J’ai mis l’annonce pour blaguer, genre est-ce que je suis cap’, et ta réponse était la seule valable. J’en ai eu trois de types, des vrais tordus, assez marrants mais dégoûtants. Et deux de petits gamins. C’était quand même sympa de les recevoir.

Tu demandes si j’ai des animaux domestiques, pardon, si des animaux vivent avec nous. J’ai un cheval, deux chiens et un chat. Le cheval s’appelle Kizzy, les chiens Dillon et Matt et la chatte Katie.

Tu vois, ils ont tous des noms. Pourquoi tu n’aimes pas les noms ?

Tu demandes aussi pourquoi j’ai mis une boîte postale comme adresse. C’est que c’est l’entreprise de mon père. Il a une société de transport routier, avec des tas de semi-remorques. Ils font surtout du longue-distance.

Moi, je suis en seconde mais je hais l’école. La seule matière qui me plaît, c’est littérature. Je fais quand même beaucoup de sport, et je suis assez bonne au basket et au saut en hauteur. (Je suis plutôt grande, tu devines.)

Je ne sais pas quoi te dire d’autre. Mais j’espère que tu écriras encore. Ce serait drôle de s’envoyer des lettres sans jamais se rencontrer. Prescott est très loin d’Acacia Park. Je ne suis jamais allée à Acacia Park ni nulle part dans ce coin. Est-ce que quelqu’un lit ton courrier ou bien je peux écrire tout ce que je veux ?

Réponds, s’il te plaît.

Tracey »

Au XXIe siècle, le genre épistolaire se réinvente pour embrasser une forme résolument moderne et inclusive.

Pour cela, il n’hésite pas à intégrer des échanges de mails, de SMS, de discussions entretenues via des messageries instantanées, mais également des articles de blogs, ou encore des messages laissés sur les réseaux sociaux, en parfaite adéquation avec son temps.

Ces nouvelles formes, qui ne font finalement qu’épouser leur époque, ne viennent pas pour autant gommer ce qui rend ce genre si précieux et unique depuis ses premiers balbutiements : sa capacité inouïe à explorer l’intime et à créer une illusion d’authenticité.

La descendance littéraire de Laclos
Les Liaisons dangereuses a tant marqué le paysage littéraire du XXe siècle qu’il n’est guère surprenant que son influence ait suscité des émules… et éveillé des vocations. C’est encore moins étonnant lorsqu’on sait le nombre de fois où des extraits de la correspondance entre la Marquise et le Vicomte tombent pour commentaire à l’oral du bac de français…

En 2017, l’autrice Sandra Lucbert osait proposer une réécriture moderne de l’œuvre majeure de Laclos, à travers son deuxième roman plus sobrement titré La Toile. Cette interprétation volontairement irrévérencieuse se fond pleinement dans notre époque ; celle de l’omniprésence technologique, de l’explosion de la cellule familiale traditionnelle et du démantèlement des codes moraux brandis en étendard par les générations précédentes.

Pour autant, il n’était pas question pour Sandra Lucbert de se réclamer de la perspective de Laclos sans respecter son intention littéraire. Les spécificités du genre épistolaire, qui a largement participé à faire des Liaisons dangereuses une fiction inoubliable, sont ainsi répliquées.

Car même si ce récit réinvente le contour des échanges (SMS, mails, messages envoyés via des applications de messagerie instantanée, posts sur les réseaux sociaux…), La Toile ne trahit jamais son inspiration première, et se veut plus épistolaire que jamais sur la forme.

Citer cet article QuillBot

Nous recommandons l’utilisation de sources fiables dans tous les types de communications. Vous souhaitez citer cette source ? Vous avez la possibilité de copier-coller la citation ou de cliquer sur le bouton « Citer cet article » pour ajouter automatiquement la citation à notre générateur de sources gratuit.

Tihay, L. (18 décembre 2025). Roman épistolaire | Définition et caractéristiques. Quillbot. Date : 10 janvier 2026, issu de l’article suivant : https://quillbot.com/fr/blog/genre-litteraire/roman-epistolaire/

Is this article helpful?
Laurine Tihay, BA

Après une licence en lettres et sciences du langage, Laurine, férue de lexicologie et de grammaire, s’est spécialisée dans la correction éditoriale. Également initiée à la narratologie, elle en connaît un rayon sur les techniques d’écriture créative appliquées aux œuvres de fiction et leurs spécificités inhérentes aux littératures de genre.

Join the conversation

Please click the checkbox on the left to verify that you are a not a bot.