Annus horribilis | Définition et origines

Chaque année, les réseaux sociaux recyclent la même tendance : celle qui consiste à faire de l’ironie sur la médiocrité (sur le plan personnel ou au sens général) de l’année calendaire en cours, puis à souhaiter que la suivante soit plus prospère.
Dommage que les influenceurs et autres humoristes du web n’en profitent que trop rarement pour caser l’expression Annus horribilis

Annus horribilis def
Annus horribilis : locution latine signifiant littéralement « année horrible ».

Une annus horribilis peut désigner toute année particulièrement difficile, généralement mal vécue par une ou plusieurs personnes, voire un groupe social dans son entièreté.
L’idée sous-jacente est que l’on ressort rarement indemne ou inchangé d’une annus horribilis… à l’image de celle qu’a essuyée la reine Élisabeth II en 1992.

Erratum horribilis
Il n’y a pas que les périodes de la vie qui peuvent être horribilis… Mais contrairement au temps qui passe et que l’on ne peut remonter en cas d’erreur, corriger une faute d’orthographe ou de syntaxe a posteriori reste tout à fait possible. In fine, c’est vous qui gardez la main sur vos textes… mais qui peut se vanter de ne jamais avoir besoin d’un petit coup de pouce ?

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Annus horribilis : définition

L’expression annus horribilis est synonyme d’année horrible.
Sa signification relativement transparente, à l’instar de ses origines latines, incontestablement révélées par ses sonorités.

Annus horribilis traduction
L’étymologie de l’expression annus horribilis a de quoi réjouir les francophones, qui n’ont que peu de questions à se poser quant à sa signification tant les mots qui la composent sont relativement proches du radical français qui leur correspond :

  • annus : « année »,
  • horribilis : « horrible ».

En anglais, la locution peut être traduite par terrible year.

N. B. : Au pluriel, on parle plutôt d’anni horribiles… bien que l’on espère ne jamais avoir à en faire usage.

La formule annus horribilis est née d’un jeu de mots faisant écho à l’expression de sens contraire annus mirabilis, littéralement « année miraculeuse ».
Il s’agit d’une référence à une année particulièrement faste pour les Rois catholiques d’Espagne, 1492, où non seulement ils parachevèrent la conquête de Grenade, mais parrainèrent également le voyage de Christophe Colomb qui mènerait à la découverte des Amériques.

On peut également citer 1905, l’année où Albert Einstein publia une série de quatre articles considérés comme des contributions majeures à la fondation de la physique moderne ; on parla alors d’annus mirabilis papers.

Sur le plan individuel, chacun pourra se fier à son vécu en matière d’annus horribilis. L’expression est fréquemment utilisée au sein d’une même famille où plusieurs décès ou évènements malheureux sont survenus dans un laps de temps réduit.

Cependant, s’il est une annus horribilis que l’histoire contemporaine a retenue en tant que telle dans la culture populaire, c’est bel et bien 1992…

1992, l’annus horribilis de la reine Élisabeth II

La fin des années 1980 et le début de la décennie 1990 n’ont pas été de tout repos pour la monarchie britannique, c’est le moins que l’on puisse dire… Néanmoins, cette période noire pour la famille royale a incontestablement atteint son point d’orgue en 1992, année durant laquelle ils ont enchaîné les drames et les déchirures familiales.

Elisabeth II est alors reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne, de l’Irlande du Nord et du Commonwealth depuis quarante ans.
Dès mars, la couronne d’Angleterre doit annoncer la séparation de la duchesse et du duc d’York, Sarah Ferguson et l’ex-prince Andrew (désormais déchu de son titre), fils cadet de la reine Élisabeth II… et prétendument son « enfant préféré ». Concernant n’importe quelle autre famille, une séparation passerait pour un évènement somme toute commun, surtout dans les années 1990… Mais pour la famille royale d’Angleterre, symbole d’unité, de stabilité et de conservatisme, les divorces font tache, et sont évités aussi soigneusement que possible.
Malheureusement, la rupture d’Andrew Mountbatten-Windsor et Sarah Ferguson ne fera que marquer le début d’une série noire pour les destins conjugaux des enfants de la reine Élisabeth et du prince Philip…

À peine un mois plus tard, la princesse Anne, seule fille du couple royal, divorce de l’officier de l’armée britannique Mark Phillips, à l’issue de 18 ans de mariage.
Une décision officielle qui sera néanmoins vite éclipsée par les frasques et les scandales autour du couple le plus regardé du monde entier d’alors, la princesse Diana et le prince Charles, héritier du trône d’Angleterre et (supposée) future reine consort.
Après plusieurs années de négligence, de tromperie et d’humiliations, Diana, qui n’a plus rien à voir avec la jeune fille fragile et naïve que Charles avait choisie pour faire bonne figure, a décidé de prendre sa revanche avec flamboyance…

Diana et Charles, un cas d’école de
matrimonium horribilis

Lorsque le jeune prince Charles, fils aîné de la monarque régnante Élisabeth II et premier dans l’ordre de succession au trône britannique, est prié de se trouver une épouse, il s’agit avant tout d’asseoir sa crédibilité en tant que futur monarque et d’assurer sa descendance.

Son cœur est déjà pris par Camilla Parker-Bowles, son grand amour de jeunesse. Mais celle-ci ne plaît guère à ses parents, qui lui reprochent entre autres son passé amoureux…
Il jettera finalement son dévolu sur Lady Diana Spencer, une jeune fille de 20 ans dont la personnalité douce, discrète et distinguée semble en faire la candidate idéale au titre de princesse de Galles, puis de reine consort au moment venu.

Lorsque Diana et Charles se marient, le 29 juillet 1981, les deux tourtereaux ne se sont alors rencontrés qu’à treize reprises, et ils nourrissent déjà de sérieux doutes quant à la viabilité de cette union… Un sentiment dramatiquement prémonitoire.
Ils donnent rapidement deux héritiers mâles à la couronne britannique : William (né en 1982) et Henry (dit Harry, né en 1984). Aux yeux du public, Charles et Diana incarnent le renouveau et le futur de la monarchie anglaise.
Diana est particulièrement appréciée des sujets de la Reine, adulée pour ses qualités de mère et son empathie, laquelle l’amène à multiplier les engagements humanitaires. En privé, l’histoire est tout autre…
Diana, qui a connaissance de la relation adultère de son mari avec Camilla Parker-Bowles (il faut dire que celui-ci ne s’en cache guère…), sombre dans la dépression et la boulimie. Au fil du temps, meurtrie mais consciente de son immense popularité auprès du public, elle s’adonne elle-même à des relations extra-conjugales et fait rapidement la une des journaux à scandale.
Les tensions entre Diana et la famille royale atteignent leur apogée lorsque paraît, en juin 1992, la biographie de la princesse de Galles par Andrew Morton. Le journaliste y révèle, grâce aux confidences de Diana, l’infidélité chronique de Charles. De quoi régaler les tabloïds, et rallier encore davantage les sujets britanniques à la cause de leur princesse des cœurs… L’image de Charles et Camilla, elle, s’en trouve sérieusement entachée.
Pour la couronne, et en particulier pour la pudique reine Élisabeth, fidèle à son éternel mantra Never complain, never explain (« ne jamais se plaindre, ne jamais s’expliquer »), le point de non-retour est dépassé. La séparation du couple princier est prononcée en décembre 1992 devant le Parlement.

Le plus tragique reste encore à venir avec la mort de Diana Spencer, ex-princesse de Galles, le 31 août 1997.
Un accident de voiture survenu à Paris, sous le pont de l’Alma, alors que la jeune femme et son nouveau compagnon étaient traqués par des paparazzis, a contribué à faire de celle que le public français surnommait affectueusement « Lady Di » une icône éternelle…

Pour couronner le tout (à croire que la Reine avait offensé quelque divinité anglicane cette année-là…), le 20 novembre 1992, le château de Windsor, l’une des résidences officielles de Sa Majesté, subit d’importants dommages à la suite d’un incendie.
Démarré par l’embrasement accidentel d’un rideau appuyé contre un projecteur, le feu provoquera l’effondrement de plusieurs plafonds mythiques, ainsi que la destruction de nombreuses œuvres d’art chères au patrimoine royal. À tel point que le budget total des rénovations s’élèvera à 36,5 millions de livres sterling…

Quatre jours plus tard, profitant de la solennité de l’instant pour tirer le bilan d’une année pour le moins mouvementée, la reine Élisabeth prononce un discours devant le Guildhall de Londres.
Le peuple britannique retiendra sa voix éraillée, diminuée par les fumées qu’elle a respirées lors de l’état des lieux à Windsor, mais aussi et surtout une formule restée célèbre : « [1992] s’est avérée être une annus horribilis ».

Extrait du discours de la reine Élisabeth II devant le Guildhall, le 24 novembre 1992
« 1992 is not a year on which I shall look back with undiluted pleasure. In the words of one of my more sympathetic correspondents, it has turned out to be an “Annus Horribilis”. I suspect that I am not alone in thinking it so. »

Traduction :

« 1992 n’est pas une année dont je me souviendrai avec un plaisir inaltéré. Selon les mots de l’un de mes correspondants les plus sympathiques, elle s’est avérée être une “annus horribilis”. Je pense que je ne suis pas la seule à le penser. »

Voilà comment, grâce à l’aura planétaire de la monarque britannique, annus horribilis, jusqu’ici réservée à des usages plutôt littéraires ou académiques, a pu faire son entrée dans des foyers desquels elle était jusqu’alors inconnue.
À cette occasion, elle s’est inévitablement popularisée. Bien que son emploi reste anecdotique (et vu ce qu’elle annonce, tant mieux quelque part…), la presse, économique notamment, en fait ses choux gras à chaque période de crise financière…

Le saviez-vous ?
L’épisode 4 de la saison 5 de la série The Crown, qui retrace les dessous des six premières décennies du règne de la reine Elizabeth II (avec plus ou moins de libertés prises avec la narration…), porte le titre « Annus horribilis ».
Ses cinquante-quatre minutes d’écran couvrent, comme on pouvait s’y attendre, l’année 1992 et ses scandales en série, alors qu’Élisabeth prépare son jubilé de rubis (soit ses 40 ans de règne).

Quelques exemples d’anni horribiles qui ne concernent pas la monarchie britannique

Considérer une annus horribilis en tant que telle relève de la subjectivité de chacun, surtout lorsqu’il s’agit d’évènements à faible rayonnement collectif.
Néanmoins, dans l’histoire du monde contemporain, quelques dates ont pu se voir affubler à plusieurs reprises de cette étiquette.

  • 1929, année durant laquelle le monde a connu le krach boursier le plus dévastateur de l’histoire des États-Unis, marquant le début de la Grande Dépression,
  • 1939, le début de la Seconde Guerre mondiale,
  • 1945, qui, si elle fut l’année de la fin de la Seconde Guerre mondiale pour de nombreux pays européens, connut au Japon un sombre épilogue, lors des bombardements atomiques sur les villes d’Hiroshima et Nagasaki. Comme quoi tout est toujours une question de perception,
  • l’année 2020, évidemment, qui fut le théâtre de la pandémie mondiale de Covid-19, laquelle a engendré plus de 7 millions de morts et entraîné de nombreux confinements. Le prologue de la décennie 2020 a bouleversé nos modes de vie capitalistes et mondialisés de manière irrémédiable,
  • 2022, date à laquelle la Russie a débuté l’invasion de l’Ukraine (évènement considéré dans l’esprit collectif – à tort ou à raison – comme le potentiel point de départ d’une Troisième Guerre mondiale qui ne dit pas encore son nom). Les velléités d’expansion territoriale de Vladimir Poutine sont à tout le moins vues comme symptomatiques d’un climat de tensions géopolitiques majeures à l’échelle du Globe.

Parfois, ce n’est pas tant la quantité d’évènements survenus sur une même année qui fait entrer cette dernière dans la catégorie des anni horribiles, mais plutôt ce que la mémoire collective en retient…

Le 11 septembre 2001, lorsque des attentats-suicides islamistes sont perpétrés sur le sol américain, et notamment sur les tours jumelles du World Trade Center à New York, le monde entier est scotché à sa télévision devant des images d’une violence inédite.
En effet, nul besoin d’être politologue (ni même Américain) à ce moment-là pour comprendre d’emblée que la rentrée 2001 marque la fin d’une période d’insouciance sécuritaire et d’une paix que l’on croyait naïvement acquise…
2001, dans la tête des gens suffisamment âgés pour s’en souvenir, demeure le point de départ d’une montée en anxiété dans tous les pays occidentaux, désormais conscients de la permanence de la menace terroriste.
En a résulté un changement d’état d’esprit à l’échelle états-unienne d’abord, puis globale, marqué par la peur de l’étranger et le repli sur soi.
En somme, 2001 a jeté les bases des trois décennies suivantes, et non pour le meilleur…

Bien sûr, ne sombrons pas dans le négativisme : puisqu’il y a des anni horribilis, l’Histoire compte également son lot d’anni mirabiles !
Là encore, la subjectivité de chacun entre en jeu… Par exemple, il y a fort à parier que les supporters de football français d’aujourd’hui citent 1998 et 2018 (soit les deux années durant lesquelles l’Équipe de France a remporté la Coupe du monde) comme leurs anni mirabiles à eux…

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Tihay, L. (5 mars 2026). Annus horribilis | Définition et origines. Quillbot. Date : 6 mars 2026, issu de l’article suivant : https://quillbot.com/fr/blog/locutions-latines/annus-horribilis/

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Laurine Tihay, BA

Après une licence en lettres et sciences du langage, Laurine, férue de lexicologie et de grammaire, s’est spécialisée dans la correction éditoriale. Également initiée à la narratologie, elle en connaît un rayon sur les techniques d’écriture créative appliquées aux œuvres de fiction et leurs spécificités inhérentes aux littératures de genre.

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