Le narrateur omniscient en littérature | Atouts et perspectives

On considère souvent le point de vue interne comme le meilleur choix narratif pour favoriser l’identification du lecteur.

Cependant, ami auteur, vous auriez tort de balayer d’un revers de main l’option du narrateur omniscient, qui n’est pourtant pas dénué d’arguments en la matière…

Narrateur omniscient : exemple
« Rien, à l’exception de la lumière, ne se répand plus vite qu’un ragot bien brûlant. Aussi ne fallut-il pas longtemps pour que l’annonce de la naissance fasse le tour de Brézeville, petite bourgade de trois cents âmes perdue dans la Manche. L’Ancien, qui tenait l’information de première main, la confia aux autres voisins, qui l’ébruitèrent plus largement. Lorsque le clocher sonna neuf heures, la nouvelle circulait déjà aux quatre coins du village.

Au même moment, une quinquagénaire potelée se pressait le long d’un sentier de terre. Cette femme mettait à mal la théorie selon laquelle le prénom d’un individu annonce sa physionomie. De fait, Marguerite Bourguignon n’avait rien d’une fleur. Sa nature évoquait davantage celle d’une mouche, en ceci qu’elle flairait la crasse à des kilomètres. Ladite Marguerite se délectait des rumeurs, pour peu qu’elles fussent bien puantes, et remontait à leur source avec l’avidité d’un insecte affamé. »

(Vincent Delareux, Les Pyromanes – 2023)

Analyse :

Cet extrait passe, dans un laps de temps resserré, d’un personnage (« l’Ancien ») à un autre (« Marguerite Bourguignon »). La description qu’il présente de chacun d’eux témoigne d’une connaissance précise de leurs emplois du temps simultanés, écartant d’office l’hypothèse d’un narrateur interne à l’histoire, lequel aurait alors dû se dédoubler pour les observer en même temps…

En ce qu’il donne l’impression qu’une ombre extradiégétique (c’est-à-dire qui n’est pas partie prenante de l’action) flotte sur le village de Brézeville, voyant et sachant tout de ses habitants, il constitue un cas typique de narration omnisciente.

Le narrateur omniscient a accès aux pensées des personnages, dont il connaît aussi les faiblesses et les motivations.

En effet, il ne se contente pas d’entrer dans l’intériorité d’un protagoniste et de s’y cantonner, mais il peut potentiellement pénétrer le cerveau et l’âme de tous les personnages, à tour de rôle et même simultanément. Ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme le narrateur-Dieu dans le jargon…

Véritable atout pour générer de la tension narrative et enrichir le récit de plusieurs points de vue à moindres frais, le point de vue omniscient est toutefois à manier avec précaution, au risque d’en dire trop et de perdre le lecteur en route… Car l’on n’est jamais à l’abri que sa plus grande force se transforme en handicap.

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Qu’est-ce qu’un narrateur omniscient ?

Le narrateur omniscient est l’un des trois grands types de voix narratives pour lesquelles un auteur ou un scénariste peut opter afin d’exposer son récit.

Rappel introductif : la narration et les types de narrateurs
  • Le narrateur (que l’on nomme aussi parfois voix narrative, ou focalisation), c’est celui qui raconte l’histoire. Il relate et décrit les faits qui composent et animent l’intrigue. Sauf dans le cas très spécifique de l’autobiographie, il est à distinguer de l’auteur.

En fonction de l’effet recherché par l’auteur, le narrateur peut occuper différents statuts et positions dans l’histoire : il peut être extérieur au récit, ou bien partie intégrante de celui-ci, en qualité de personnage.

  • C’est sur ce critère que l’on distingue trois grands types de narrateurs :
    • le narrateur interne (ou point de vue interne), qui raconte l’histoire en adoptant le point de vue d’un ou plusieurs personnages,
    • le narrateur externe (ou point de vue externe), qui décrit l’histoire sans en faire partie et sans subjectivité aucune — il est la neutralité même,
    • … et le narrateur omniscient.
  • Plusieurs narrateurs peuvent intervenir au sein d’un même récit, soit appartenant au même type de focalisation (dans le cas d’un roman choral qui alternerait entre différents points de vue internes d’un chapitre ou d’un passage à l’autre), soit relevant de focalisations différentes (à titre d’exemple, jongler entre point de vue interne et point de vue omniscient est plutôt courant en littérature de genre, en particulier dans la littérature noire).

Narrateur omniscient : définition

Les actions, les sentiments, les réflexions, les désirs et les intentions de l’ensemble des personnages, ainsi que leur passé, leur présent et leur futur (car il peut même se targuer de posséder une boule de cristal…), ne sauraient être ignorés par le narrateur omniscient.

Narrateur omniscient def
Point de vue omniscient : cadre narratif reposant sur une connaissance absolue de l’histoire et des personnages du narrateur.

Le narrateur omniscient sait absolument tout de tous les personnages intervenant dans l’histoire, ainsi que de l’univers (aussi appelé diégèse) dans lequel ils évoluent.

Diégèse ≠ narration
La diégèse est l’univers dans lequel s’inscrit le récit, ou l’histoire racontée grâce à la narration.

Elle n’est pas la narration elle-même, qui constitue davantage la manière dont l’histoire est racontée.

En bref, la diégèse, c’est le fond, et la narration, la forme.

Qu’il s’agisse de leurs accomplissements et incidents passés, de leur situation présente, de leur dessein futur ou du déroulé des évènements les concernant au sein de l’intrigue, rien n’est trop superflu pour le narrateur omniscient, qui possède à la fois le don de télépathie et le don d’ubiquité.

Au cinéma, il serait l’équivalent d’une caméra posée sur l’épaule d’un narrateur invisible, doté d’un superpouvoir à nul autre pareil : celui de pénétrer chaque esprit, chaque pensée, chaque émotion apparaissant dans le champ.

Pour faire court et synthétique, Dieu en littérature, c’est lui !

Statut du narrateur omniscient
« Elle se revoyait penchée au-dessus de Maëva pour lui lire une histoire, se rappelait sa propre voix voilée de tristesse, capable d’imiter le bruit des pas de l’ogre, et des rires de la petite qui résonnaient comme de loin. Mais de toute cette période, ce qui restait vraiment, c’était cet estomac vide, tous les soirs, dont l’acidité paraissait en mesure de tout détruire, même la douleur.

Élisabeth glissait petit à petit dans des vêtements trop amples, rapetissait, s’effaçait du monde avec le plus d’élégance possible.

Stéphane prit peur. Il revint un matin de printemps, tel un oiseau migrateur de retour au bercail après des semaines dans des contrées à l’hiver plus clément. Malgré quelques réticences, Élisabeth lui ouvrit la porte de leur foyer et s’empressa de l’enfermer dans une geôle de culpabilité. De son côté, Stéphane n’eut de cesse de faire oublier son incartade et obtenir son pardon, sans jamais vraiment y parvenir. »

(Carine Joaquim, Nos corps étrangers – 2021)

Analyse :

La temporalité étirée de cet extrait (qui use même d’une ellipse) ainsi que le fait que la narration présente les actes et les sentiments des deux personnages — bien qu’Élisabeth prenne plus de place — tout en cultivant une certaine distance, révèlent la présence d’un narrateur omniscient.

Nota bene : l’usage d’un narrateur omniscient passe forcément par la troisième personne (du singulier ou du pluriel), soit les pronoms personnels « il(s) » et « elle(s) ».

Si le narrateur s’exprime sous la bannière du « je », du « tu » ou du « nous », alors il est sans hésitation possible de type interne.

Attention toutefois aux conclusions hâtives : la réciproque n’est pas vraie. Par conséquent, la troisième personne n’est pas obligatoirement synonyme de point de vue omniscient. Elle peut dénoter un point de vue externe, et même un point de vue interne (alors appelé troisième personne focalisée, notion sur laquelle nous reviendrons ultérieurement).

Narrateur omniscient ou interne : la concurrence est rude…

Le narrateur interne permet au lecteur d’accéder à l’histoire au travers du regard subjectif d’un personnage qui ne voit pas seulement l’intrigue, mais la vit et l’éprouve au plus profond de sa chair.

De ce fait, la question semble faire consensus au sein des manuels de narratologie : le point de vue interne décuple comme aucun autre l’identification émotionnelle du lecteur au personnage, ainsi que son immersion dans l’univers dépeint.

Mais si le narrateur externe ne saurait se mesurer à lui sur ce terrain (puisque son crédo, c’est la neutralité et la description clinique), le narrateur omniscient constitue un sérieux rival en la matière…
En effet, la narration omnisciente amène à une compréhension plus globale des personnages et des enjeux. De plus, elle n’a pas son pareil pour faire naître un autre type d’identification, tout aussi efficace voire plus selon l’intention visée : l’identification intellectuelle. Ainsi, le lecteur n’est plus seulement complice d’un seul personnage mais de plusieurs, et surtout, il l’est également du narrateur. Un « narrateur-Dieu » puisqu’omniscient, qui l’entraîne avec lui au-dessus de la mêlée et peut le mettre dans la confidence de choses encore ignorées par les personnages eux-mêmes.

Narrateur omniscient ou interne
  • Je pousse la porte lentement. Le vantail grince, m’intimant de faire demi-tour. Mon cœur se met à battre plus vite. La pièce est sombre, plongée dans un silence de mort. Depuis que j’ai pénétré dans la propriété, j’ai l’impression que quelqu’un m’observe. Je fais un pas, puis un autre, en retenant mon souffle. Pourquoi n’ai-je pas attendu dans la voiture comme le capitaine me l’avait demandé ? Je serre les poings pour me donner du courage, mais mes mains tremblent.
  • Il pousse la porte lentement. Le vantail grince, intimant Louis-Baptiste de faire demi-tour. Son cœur se met à battre plus vite. La pièce est sombre, plongée dans un silence de mort. Depuis qu’il a pénétré dans la propriété, il a l’impression que quelqu’un l’observe. Il fait un pas, puis un autre, en retenant son souffle. Pourquoi n’a-t-il pas attendu dans la voiture comme le capitaine le lui l’avait demandé ? Il serre les poings pour se donner du courage, mais ses mains tremblent. S’il avait su ce qui l’attendait d’ici la seconde d’après, il aurait pris ses jambes à son cou et abandonné la bataille.

Analyse :

Ici, la différence entre un extrait et l’autre (outre le changement de pronom narratif, mais l’on aurait très bien pu écrire le passage à la troisième personne sans sortir du point de vue interne) tient à peu de mots, ou plutôt une phrase : la dernière.

Dans le premier paragraphe, on ne sait que ce que le narrateur nous rapporte, ses questionnements et ses ressentis ; on vit la scène à travers son regard.

Dans le deuxième, les derniers mots suffisent à faire basculer la perspective vers une narration omnisciente : le narrateur révèle une information encore inconnue du personnage de Louis-Baptiste, puisqu’il s’agit d’une projection dans un futur immédiat.

Cet apport ne réduit pas pour autant l’effet d’identification, car le lecteur vit également la scène en même temps que le protagoniste, et que le vocabulaire lié aux sens reste tout aussi prégnant.

Ainsi, le narrateur omniscient vient ajouter une dimension à laquelle le narrateur interne n’aurait pu avoir accès.

Ce choix est le bon si l’on souhaite procurer tension et suspense au récit sans sacrifier sa dimension immersive.

Comme toujours, tout est une question d’intention littéraire et d’effet visé.

Le narrateur omniscient, oui, mais à bon escient !

Aucun type de narrateur n’est meilleur, plus efficace ou plus brillant qu’un autre en soi. Il n’y a pas de formule ou de doctrine toute faite ; celui qui vous vendrait le contraire serait un marchand d’illusions. Tout dépend en vérité du genre exploré, de l’histoire que l’on veut raconter, et surtout de comment on veut la raconter…

Pour autant, s’agissant d’une intrigue donnée, un même récit ne sera pas reçu de la même façon selon qu’on lui donnera un point de vue omniscient, interne ou externe.

Choisir un narrateur en inadéquation avec votre intention littéraire serait comme débuter un marathon avec un parpaing dans votre chaussure ; tout semblera beaucoup plus lourd et fastidieux, au départ comme à l’arrivée.

À l’inverse, partir d’emblée sur une focalisation qui s’accorde avec les idées et sentiments que vous voulez faire passer peut renforcer la puissance du message que vous comptez véhiculer.

Un narrateur omniscient est tout indiqué lorsque l’on cherche à transmettre au lecteur un sentiment de maîtrise totale et de toute-puissance sur l’histoire racontée, avec lequel l’auteur peut jouer… quitte à vouloir tromper l’intuition dudit lecteur grâce à de faux indices sciemment semés pour le berner. Avis aux amateurs de romans policiers !

En outre, le narrateur omniscient sait non seulement tout sur les personnages, mais également sur le monde dans lequel ils évoluent. Une caractéristique qui le rend particulièrement intéressant à considérer pour peu que l’on se lance dans l’enfantement d’un roman de fantasy ou d’une dystopie, lesquels s’appuient généralement sur un worldbuilding foisonnant.

Un autre atout dont se fait fort le narrateur omniscient, outre sa capacité jubilatoire à se trouver partout à la fois — y compris sur des temporalités différentes —, c’est le ton unique qu’il peut apporter au récit.

Opter pour une narration omnisciente, c’est en effet faire le choix d’un narrateur intrusif, qui a la possibilité de commenter l’histoire sur différents tons (humour, cynisme, mélodrame…) et, ainsi, d’injecter une réelle verve au récit.

Des auteurs contemporains tels que l’inénarrable Terry Pratchett l’ont bien compris…

Narrateur omniscient avec une voix incarnée
« On dit que l’idée d’être pendu au petit matin aide considérablement l’esprit du condamné à se concentrer ; malheureusement, il se concentre inévitablement sur le fait qu’il habite un corps qu’on va pendre au petit matin.

Le futur exécuté s’appelait Moite von Lipwig, par la grâce de parents gâteux voire malavisés, mais il n’allait pas entacher le patronyme, en admettant qu’il le puisse encore, en se faisant pendre sous cette identité.

Pour le monde entier, et plus particulièrement pour le formulaire intitulé ordre d’exécution, il était Albert Paillon.

Mais il voyait la situation d’un œil plus positif et se focalisait sur l’idée d’éviter la pendaison au petit matin, plus précisément sur celle de dégager à la cuiller tout le mortier qui s’effritait autour d’un moellon du mur de sa cellule. La tâche lui avait jusqu’à présent pris cinq semaines et réduit la cuiller aux dimensions d’une lime à ongles. Par bonheur, personne ne venait jamais changer son couchage car on aurait alors découvert le matelas le plus pesant du monde.

Le gros et lourd moellon était pour l’instant l’objet de toute son attention. On y avait autrefois enfoncé un crampon imposant comme point d’ancrage pour des menottes. »

(Terry Pratchett, Timbré – 2004)

Pour le narrateur omniscient, l’opération est « tout bénef » : il n’est pas forcé de s’en tenir à une neutralité stricte comme avec le point de vue externe, mais pas non plus contraint de s’aligner sur le ton du personnage sur lequel il se focalise au point de vue interne.

Un auteur qui opterait pour un point de vue omniscient pourrait prendre davantage de libertés pour faire exister sa propre voix, mais pourquoi pas aussi, jouer du décalage entre la tonalité de la narration et celle du personnage.

Dans tous les cas, il devra toujours veiller à ne pas se confondre lui-même avec le narrateur, au risque de rompre le pacte narratif entre auteur et lecteur…

Les défis posés par l’emploi d’un narrateur omniscient

Les arguments en faveur de la narration omnisciente sont légion, mais il ne faut pas perdre de vue que celle-ci présente un certain nombre de pièges et de difficultés qui lui sont propres, et qui, dans certains cas, peuvent contre-indiquer son utilisation. Voici les principaux.

Ne pas trop en dire

C’est là l’un des pièges les plus récurrents, et certainement le plus agaçant en tant qu’auteur : profiter outre mesure de l’omniscience du narrateur jusqu’à faire de l’infodropping, soit brosser la biographie de chaque personnage dans les moindres détails ou dépeindre une cartographie complète des lieux de moindre importance. Qu’on se le dise, ce n’est pas parce que le narrateur omniscient sait tout que l’auteur qui le « pilote » doit lui faire tout dire ou décrire ! Attention à la surcharge informationnelle, qui nuirait gravement à l’immersion et au suspense.

À l’inverse, distiller intelligemment les informations en prenant ce qu’il vous faut chez chaque personnage et en gardant le reste sous silence contribuera à créer la tension narrative dont chaque récit a besoin, et pas seulement les thrillers palpitants. Vous aurez beau écrire la romance la plus « bisounours » du monde, vous ne pourrez faire l’impasse sur un minimum de tension narrative pour faire avancer votre histoire et y happer votre lecteur.

Dans le cas contraire, l’offre pléthorique d’histoires tous supports confondus fera qu’il abandonnera votre roman ou votre nouvelle en cours de route sans une once de pitié…

Vous trouvez cela injuste ? Nous aussi… mais c’est le jeu.

Quoi qu’il en soit, si vous avez tendance à vouloir tout dire très vite, même ce qui n’est pas strictement utile à l’intrigue, peut-être que le point de vue omniscient est à reconsidérer. Croyez-en notre expérience : il risque de vous pousser à vous enliser dans ce travers… du moins tant que vous n’avez pas gagné un peu d’expérience.

Ne pas confondre narrateur omniscient et auteur

Un autre travers des plus courants également : confondre le narrateur omniscient avec l’auteur.

Si chaque type de narrateur court plus ou moins ce risque, le fait que la focalisation omnisciente offre un accès illimité à la connaissance des personnages et de l’univers encourage à replonger dans cette confusion.

Ne perdez jamais de vue que si auteur et narrateur sont tout-puissants sur le récit, celui qui raconte reste malgré tout guidé et animé par celui qui écrit. Et surtout, le premier n’existe pas sans le dernier…

Le vrai maître à bord, c’est l’auteur, c’est-à-dire vous !

Ne pas confondre narrateur omniscient et troisième personne focalisée

Traditionnellement, le point de vue externe est peu souvent confondu avec un autre ; la narration clinique qu’il déroule est reconnaissable entre mille.

Cependant, entre un narrateur omniscient et une troisième personne focalisée, la confusion est beaucoup plus vite arrivée.

La troisième personne focalisée
La troisième personne focalisée (qui est ni plus ni moins qu’une façon de désigner un narrateur interne à la troisième personne) s’attache à ce que le lecteur n’ait accès qu’aux pensées et sensations d’un seul personnage.

Ce type de narration limite la distraction du lecteur sans pour autant affaiblir ou taire la voix du narrateur. Il n’a pas son pareil pour faire oublier le récit et ses aspérités au profit de l’histoire.

Exemple :

« Lebreton frappa trois coups autoritaires à la porte, qui vibra sur ses gonds. Roland Jacovitch ouvrit presque aussitôt, le visage indifférent et le corps perdu dans un long gilet gris poché aux manches. Il tenait un vieux Nikon, dont il nettoyait l’objectif avec une microfibre.

Le commandant observa l’homme sur lequel il enquêtait sans l’avoir jamais rencontré. Il évalua sa carrure, prenant les mesures pour sa fiche anthropométrique personnelle. Puis il débrancha sa conscience et laissa l’instinct se gorger de la première impression, celle qu’il faut corriger pour ne pas céder aux préjugés, mais conserver dans ce qu’elle absorbe de micro-expressions, tensions, phéromones à peine perceptibles par le cerveau. Les sens enregistraient, le reptilien s’adaptait. »

(Sophie Hénaff, Drame de pique – 2023)

La bonne nouvelle, c’est que distinguer un narrateur omniscient d’une troisième personne focalisée est plus simple qu’il n’y paraît.

Pour ce faire, deux éléments sont à prendre en compte :

  • la source des informations,
  • la connaissance du narrateur.

En effet, si le narrateur au point de vue interne s’exprime à la troisième personne, il n’en reste pas moins interne, ce qui implique qu’il adopte le regard d’un seul personnage à la fois.

De ce fait, tout ce que le lecteur connaît, lui aussi, passe obligatoirement par ce personnage.

A contrario, le narrateur omniscient sait tout… sur tout le monde.

Il a un accès illimité aux pensées de tous les personnages sans exception et connaît leur passé et leur devenir.

Narrateur omniscient vs troisième personne focalisée
  • En parcourant le courrier, Lana eut du mal à y croire. Cent fois elle avait imaginé ce moment sans oser y croire, et c’était aujourd’hui, alors qu’elle était en pyjama pilou-pilou, ni coiffée ni douchée, qu’elle recevait la réponse tant attendue.
    Elle était admise. Admise. Elle avait su convaincre le jury.
    Enfin, le rêve qu’elle poursuivait depuis toujours pourrait se réaliser. On lui donnait sa chance.
    À l’extérieur, aucun signe de joie. Si bien que, lorsque sa grande sœur passa devant elle pour attraper le pot de Nutella dans le placard, elle ne remarqua pas l’émoi qui avait étreint Lana. Depuis longtemps, cette dernière sentait que Flavie ne croyait pas en elle.
  • En parcourant le courrier, Lana eut du mal à y croire. Cent fois elle avait imaginé ce moment sans oser y croire, et c’était aujourd’hui, alors qu’elle était en pyjama pilou-pilou, ni coiffée ni douchée, qu’elle recevait la réponse tant attendue.
    Elle était admise. Admise. Elle avait su convaincre le jury.
    Enfin, le rêve qu’elle poursuivait depuis toujours pourrait se réaliser. On lui donnait sa chance.
    À l’extérieur, aucun signe de joie. Si bien que, lorsque sa grande sœur passa devant elle pour attraper le pot de Nutella dans le placard, elle ne remarqua pas l’émoi qui avait étreint Lana. Jamais Flavie n’aurait osé le lui avouer, mais elle n’avait jamais cru à cette histoire d’école de poterie.

Analyse :

Seule la dernière phrase distingue ces deux extraits. Non contente de les différencier, elle permet même d’en déterminer la voix narrative, différente pour chacun d’eux.

Dans le premier extrait, le manque de confiance de Flavie en Lana est de l’ordre du ressenti de cette dernière. Rien n’indique que l’information est vraie, puisqu’elle est supposée par le personnage-narrateur (l’usage d’un verbe de perception, sentir, en atteste) : la troisième personne focalisée l’emporte haut la main.

Mais peut-être pas pour longtemps, dans la mesure où le deuxième extrait se termine tout à fait différemment : il présente non seulement le scepticisme de Flavie sous la forme d’une affirmation, mais cette fois, Lana n’en a pas connaissance, en tout cas pas formellement. Pour l’apprendre, il a fallu qu’une tierce entité pénètre les pensées de Flavie. Ladite entité est forcément un narrateur omniscient, qui détient le pouvoir de sonder à la fois Lana et sa sœur au sein de la même scène comme bon lui semble.

Un autre moyen de distinguer les deux narrations au premier coup d’œil, c’est de se demander si le narrateur à la troisième personne exprime, déroule des faits et des sentiments dont aucun personnage ne peut avoir connaissance.

Si oui, alors on a affaire au point de vue omniscient.
Si non, alors il s’agira plutôt de la troisième personne focalisée.

Conclusion

Décider si le point de vue omniscient est plus à même de servir ou de desservir votre récit et votre intention littéraire (c’est-à-dire pourquoi vous brûlez d’écrire cette histoire et pas une autre, et quel message vous souhaitez qu’elle véhicule) est une étape cruciale dans la construction de votre récit, à laquelle vous ne pouvez vous soustraire.

Le mieux est encore de se poser la question en phase préparatoire, afin de vous épargner de longues heures de réécriture rébarbatives après avoir déjà couché sur le papier les trois quarts de votre premier jet (si tel est déjà le cas, sachez que vous n’avez aucune raison de paniquer : bon nombre d’auteurs parmi les plus illustres sont tombés dans le même piège à leurs balbutiements !).

Comprendre les spécificités et les ressorts de chaque point de vue narratif, ce n’est pas qu’une question de jargon académique : c’est aussi et surtout vous offrir des clés précieuses pour écrire une histoire à la hauteur de vos ambitions.

Questions fréquentes sur le narrateur omniscient

Qu’est-ce qu’un narrateur interne externe omniscient ?

Le narrateur interne externe omniscient n’existe pas ; cette notion, composée de termes contradictoires, constituerait un non-sens à elle seule.

En effet, il existe trois grands types de narrateurs, qui s’opposent les uns aux autres de par les caractéristiques qui leur sont propres :

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Tihay, L. (16 janvier 2026). Le narrateur omniscient en littérature | Atouts et perspectives. Quillbot. Retrieved 29 janvier 2026, from https://quillbot.com/fr/blog/ecriture-creative/narrateur-omniscient/

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Laurine Tihay, BA

Après une licence en lettres et sciences du langage, Laurine, férue de lexicologie et de grammaire, s’est spécialisée dans la correction éditoriale. Également initiée à la narratologie, elle en connaît un rayon sur les techniques d’écriture créative appliquées aux œuvres de fiction et leurs spécificités inhérentes aux littératures de genre.

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