Le roman picaresque | Définition d’un genre littéraire
Les lecteurs, c’est bien connu, sont des gens sadiques. Du moins, en s’aventurant dans un roman épique, ils s’attendent à ce que le protagoniste rencontre moult obstacles et subisse un certain nombre d’épreuves.
C’est la raison pour laquelle le roman picaresque est un genre littéraire qui a rencontré et rencontre encore un franc succès.
“Manana, a dit Freddy. Manana, mec, on va y arriver ; prends une autre bière, vas-y, allez, VAS-Y, QUOI.” On a réussi à sortir en titubant, et à monter en voiture ; on est repartis pour un bar d’autoroute. Ponzo était un grand costaud à la voix de stentor, il donnait l’impression de connaître tout le monde dans la vallée de la San Joaquin. »
(Jack Kerouac, Sur la route – 1957)
Né en Espagne au XVIe siècle, le roman picaresque a su se réinventer au fil du temps et s’adapter aux modes littéraires pour transcender ses frontières.
Son crédo ? Il met en scène un anti-héros socialement marginalisé, souvent sans le sou, qui se raconte (et se découvre) à la première personne.
De ce fait, le roman picaresque est une variante du roman autobiographique.
Pour ce faire, notre correcteur d’orthographe saura éliminer les scories frustrantes qui auraient pu se glisser sous votre plume sans y avoir été invitées.
Aussi, si vous vous demandez comment faire renaître le roman picaresque, notre chat IA pourrait vous apporter des éléments de réponse inattendus….
Conseil de pro : n’hésitez jamais à lui demander ses sources à chaque requête !
Qu’est-ce qu’un roman picaresque ?
Le nom du roman picaresque n’est pas forcément le premier qui nous vient à l’esprit quand on songe aux genres littéraires et aux différentes déclinaisons que peut prendre le roman.
Pourtant, sans le savoir, vous connaissez forcément une œuvre appartenant à ce genre, y compris parmi la littérature contemporaine…
Roman picaresque : définition et historique
Le roman picaresque ne date pas d’aujourd’hui. En effet, il est né en Espagne au XVIe siècle, avec le roman La vie de Lazarillo de Tormes (titré La Vida de Lazarillo de Tormes y de sus fortunas y adversidades en langue originale).
(Auteur anonyme, La vie de Lazarillo de Tormes – 1957)
Outre le fait qu’il peut se targuer d’avoir ouvert la voie vers un genre littéraire à lui seul, ce roman de 1554 qui relate l’histoire de Lázaro, un jeune homme désœuvré issu de Salamanque et abandonné par sa mère à un mendiant aveugle, possède une autre particularité : nul ne connaît son auteur. Ou presque…
Néanmoins, certaines recherches tendent à mettre en évidence qu’il pourrait bien s’agir de Diego Hurtado de Mendoza, ambassadeur de Charles Quint en Italie de son état, mais aussi féru de littérature et fervent collectionneur de manuscrits.
Il aura cependant fallu attendre 2010 pour qu’un manuscrit autographe attribué à Diego Hurtado de Mendoza et mentionnant des « corrections effectuées » de sa main soit découvert, étayant encore un peu plus cette hypothèse.
Aura-t-on jamais une réponse ferme et définitive à ce sujet ? Rien n’est moins sûr…
Quel que soit l’auteur de ce roman (qui suit également les codes du roman d’apprentissage), on retrouve dans La vie de Lazarillo de Tormes tout ce qui constitue l’essence du roman picaresque, à savoir le récit des aventures d’un anti-héros rusé qui tâche de s’en sortir par ses propres moyens dans un monde qui lui est hostile. Pour ce faire, il n’utilise pas sa vertu ou son courage, mais davantage sa malice et son intelligence, quitte à outrepasser les limites de la morale (d’où le qualificatif d’anti-héros).
Ce postulat est, derrière la narration, prétexte à dénoncer les travers et injustices de la société.
Étymologiquement, le roman picaresque n’est en réalité rien d’autre que le « roman du picaro ».
Les premiers romans picaresques prennent tous la forme d’une fausse autobiographie, et sont ainsi racontés à la première personne (soit au point de vue interne), à travers le regard du picaro ; une caractéristique qui perdurera à travers les siècles.
Par la suite, le style picaresque est arrivé en France à l’aube de la période des Lumières, avec des œuvres telles que Jacques le Fataliste et son maître (1765-1784, Denis Diderot), ou encore Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders (1722, Daniel Defoe).
Bien que rarement nommé en tant que tel, il est encore présent dans la production littéraire actuelle, et parfois couronné de succès en tête de gondole.
On le doit à Pierre Lemaître, dont c’était la première œuvre de fiction qui ne rentrait pas dans le champ du roman policier.
Les caractéristiques du roman picaresque
Le roman picaresque repose sur une série de caractéristiques appliquées plus ou moins scrupuleuses selon les époques et les auteurs.
- Le protagoniste du récit (le fameux picaro…) est un anti-héros, c’est-à-dire qu’il ne cumule pas toutes les qualités habituellement attribuées à un héros romanesque (telles que le courage, la morale, la bienveillance…). En fait, il peut même se révéler assez odieux.
Élément très important : souvent malin, le picaro est forcément marginal, presque toujours issu d’un milieu très défavorisé, et doit user de ruses pour s’en sortir, quitte à devoir voler ou mentir.
Il n’est ni un bourgeois ni aisé, encore moins un preux chevalier aux nobles intentions. - Puisque le récit prend la forme d’une autobiographie fictive, il est narré à la première personne. Ainsi, le protagoniste se raconte lui-même.
- Mettant en lumière les inégalités et l’hypocrisie de tout un chacun, le roman picaresque, d’obédience réaliste, verse volontiers dans la satire. En outre, il n’hésite pas à dénoncer les travers de la société et des individus de tous les milieux.
- Le roman picaresque se place aux antipodes de formes de romans plus structurées.
Il est la plupart du temps construit comme une succession d’aventures, d’interactions et de rencontres vécues par le protagoniste, et non comme une progression logique. - Le roman picaresque verse dans le déterminisme et défend l’idée d’une reproduction sociale à laquelle il est rare d’échapper. Autrement dit, il est très difficile de s’extraire de sa condition d’origine, sinon au prix d’efforts colossaux.
Roman picaresque : quelques exemples
Un autre roman picaresque espagnol
Outre La vie de Lazarillo de Tormes, l’Espagne nous a légué quelques autres grands romans picaresques, à l’instar de El Buscón, la Vie de l’Aventurier Don Pablos de Ségovie, dont on connaît cette fois l’auteur.
L’œuvre, écrite par Francisco de Quevedo, une figure majeure du Siècle d’or, est répartie en trois livres. Ceux-ci narrent l’histoire de Pablos, fils d’un voleur et d’une prostituée, de son enfance jusqu’à l’âge adulte. Le parcours du jeune garçon est semé d’embûches et d’actes de délinquance, et propose une fin amère et pessimiste.
Ce roman, indéniablement satirique, s’inscrit clairement dans la continuité de La vie de Lazarillo de Tormes.
(Francisco de Quevedo, El Buscón – 1626)
Les romans picaresques devenus des classiques
Certains romans picaresques ont été écrits par des auteurs considérés comme des grands noms de la littérature, et ont ainsi pu entrer dans la postérité en tant que partie intégrante de leur œuvre, malgré une visibilité parfois moindre par rapport à leurs œuvres maîtresses.
C’est le cas de :
- Le Paysan parvenu, Marivaux (1735),
- La Rôtisserie de la Reine Pédauque, Anatole France (1892),
- Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline (1932),
- Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline (1936),
- Les Mangeurs d’étoiles, Romain Gary (1966)…
Il s’endormit d’un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l’air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants. »
(Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit – 1932)
(Romain Gary, Les Mangeurs d’étoiles – 1966)
Roman picaresque et littérature contemporaine
Le roman picaresque a survécu à l’après-Seconde Guerre mondiale.
Mieux encore, il a continué à produire un certain nombre de chefs-d’œuvre.
La Conjuration des imbéciles est un roman humoristique écrit par John Kennedy Toole, et publié à titre posthume en 1981 après le suicide de son auteur. La raison d’un tel geste ? Toole se désespérait de ne pas trouver d’éditeur pour son roman !
Si seulement il avait pu savoir que son œuvre finirait par faire son chemin et serait couronnée du Prix Pulitzer de la fiction…
— Qui ça ? Oh, mon Dieu. Je ne lis même pas les journaux, pensez.
— Alors vous devez vous mettre à la lecture dès aujourd’hui, je vous ferai un programme. Ainsi serez-vous en mesure de commencer à saisir la crise qui traverse notre époque, énonça solennellement Ignatius. Vous commencerez par les derniers Romains, au premier rang desquels Boèce, bien sûr. Puis vous vous plongerez dans l’étude relativement exhaustive des penseurs du début du Moyen Âge. Vous pouvez sauter sans mal la Renaissance et les Lumières. C’est surtout de la propagande dangereuse. Et, pendant que j’y suis, vous feriez mieux aussi de sauter les Romantiques et les Victoriens. Pour l’époque contemporaine, un choix de bandes dessinées et d’illustrés.
— Vous êtes formidable.
— Je recommande tout particulièrement Batman, car il a tendance à transcender quelque peu l’abominable société dans laquelle il se trouve. Et sa morale est assez rigide. Je dois dire que j’éprouve un certain respect pour Batman. »
(John Kennedy Toole, La Conjuration des imbéciles – 1966)
En 2011, l’actualité littéraire a été indéniablement marquée par le succès du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (Jonas Jonasson). Un roman qualifié de « comédie burlesque, complètement déjantée », mais qui reprend également un certain nombre de codes du roman picaresque.
Actuellement, il était supposé vivre dans le New Jersey, mais, d’après les agents sur place, sa maison semblait abandonnée. De toute façon, le maréchal Beria voulait que le kidnapping ait lieu si possible en Europe. C’était trop compliqué de faire sortir en fraude des gens célèbres des États-Unis et de leur faire traverser l’Atlantique.
Où pouvait-il bien être ? Il ne prévenait jamais personne de ses déplacements et il était connu pour être capable d’arriver à ses rendez-vous avec plusieurs jours de retard. »
(Jonas Jonasson, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire – 2011)
Deux ans plus tard, Pierre Lemaitre remporte le prix Goncourt pour Au revoir là-haut, une comédie dramatique qui rapporte le périple rocambolesque de deux rescapés de la Première Guerre mondiale qui, unis par un lien indéfectible après avoir combattu dans la même tranchée, décident de monter ensemble une arnaque au monument aux morts…
Malgré ce résumé cocasse, le roman compte également son lot de scènes dramatiques.
Quelques minutes plus tard, légèrement voûté, Albert court dans un décor de fin du monde, noyé sous les obus et les balles sifflantes, en serrant son arme de toutes ses forces, le pas lourd, la tête rentrée dans les épaules. La terre est épaisse sous les godillots parce qu’il a beaucoup plu ces jours-ci. À ses côtés, des types hurlent comme des fous, pour s’enivrer, pour se donner du courage.
D’autres, au contraire, avancent comme lui, concentrés, le ventre noué, la gorge sèche. Tous se ruent vers l’ennemi, armés d’une colère définitive, d’un désir de vengeance. En fait, c’est peut-être un effet pervers de l’annonce d’un armistice. Ils en ont subi tant et tant que voir cette guerre se terminer comme ça, avec autant de copains morts et autant d’ennemis vivants, on a presque envie d’un massacre, d’en finir une fois pour toutes. On saignerait n’importe qui.
Même Albert, terrorisé par l’idée de mourir, étriperait le premier venu. Or, il y a eu pas mal d’obstacles ; en courant, il a dû dériver sur la droite. Au début, il a suivi la ligne fixée par le
lieutenant, mais avec les balles sifflantes, les obus, on zigzague, forcément. D’autant que Péricourt qui avançait juste devant lui vient de se faire faucher par une balle et s’est écroulé quasiment dans ses pattes, Albert n’a eu que le temps de sauter par-dessus. Il perd l’équilibre, court plusieurs mètres sur son élan et tombe sur le corps du vieux Grisonnier, dont la mort, inattendue, a donné le signal de départ à cette ultime hécatombe.
Malgré les balles qui sifflent tout autour de lui, en le voyant allongé là, Albert s’arrête tout net. »
(Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut – 2013)
Questions fréquentes sur le roman picaresque
- Quel est le roman picaresque le plus célèbre ?
-
Le roman picaresque le plus célèbre s’intitule La Vie de Lazarillo de Tormes. Il a été publié en Espagne en 1554, et écrit par… un inconnu.
En effet, on ne connaît pas l’auteur de ce roman, considéré comme le tout premier du genre.Un doute sur l’orthographe d’un mot ? Notre correcteur d’orthographe gratuit saura éliminer toute scorie intempestive, explications à l’appui !
- Est-ce que Manon Lescaut est un roman picaresque ?
-
Écrit par l’abbé Prévost et publié en 1731, le roman Manon Lescaut n’est pas considéré comme un roman picaresque à proprement parler, ne serait-ce que parce que le protagoniste de l’histoire n’est pas un picaro.
Néanmoins, il emprunte au roman picaresque un certain nombre de codes et de thèmes, tels que la marginalité des personnages et le statut d’anti-héros de Des Grieux.
Côté genre littéraire, on le classe plutôt avec les romans-mémoires.
Un doute sur l’orthographe d’un mot ? Notre correcteur d’orthographe gratuit saura éliminer toute scorie intempestive, explications à l’appui !
Articles coups de cœur
Envie de perfectionner vos compétences en arts et en graphisme ? Découvrez sans plus attendre notre sélection d’articles sur le design, les couleurs ou les émojis et laissez libre cours à votre créativité !Citer cet article QuillBot
Nous recommandons l’utilisation de sources fiables dans tous les types de communications. Vous souhaitez citer cette source ? Vous avez la possibilité de copier-coller la citation ou de cliquer sur le bouton « Citer cet article » pour ajouter automatiquement la citation à notre générateur de sources gratuit.
Tihay, L. (21 mai 2026). Le roman picaresque | Définition d’un genre littéraire. Quillbot. Date : 26 mai 2026, issu de l’article suivant : https://quillbot.com/fr/blog/genre-litteraire/roman-picaresque/