Lettre H | Une lettre à double tranchant

Muette ou chuintée, expirée plutôt qu’aspirée, la lettre H en français possède une double identité : une racine latine, mais une pratique germanique.

Régissant la liaison et l’élision, le H murmure aux oreilles des (z)hippopotames, siffle des phrases et chuinte des chansons, mais distingue le héros de l’héroïne…

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Exemple de lettre H calligraphiée avec le générateur d’images QuillBot :
lettre h calligraphie

Lettre H : typographie

Les origines graphiques de la lettre H sont plutôt obscures. Des caractères phéniciens et étrusques, l’alphabet grec n’a retenu que trois lignes, deux droites et une médiane, que le latin a reproduites à l’identique.

Large et carrée lorsqu’elle est majuscule, fine et arquée sous sa forme minuscule, la lettre H présente sous ses airs simplistes un vrai défi graphique et visuel.

Le H majuscule

En typographie, le H majuscule est souvent considéré comme la lettre de référence. Par son dessin, le typographe définit la taille de toutes les autres capitales, ou majuscules, de la police. La hauteur de ses deux droites sert ainsi d’échelle aux autres caractères.

Si les lettres carrées, comme la lettre E, affichent la même hauteur, certaines lettres arrondies, en particulier la lettre G, doivent très légèrement la dépasser pour contrer les erreurs de perception de l’œil humain.

D’ailleurs, l’apparente géométrie de la lettre est, elle aussi, trompeuse. Sa médiane ne la traverse jamais vraiment en son milieu. Elle est au contraire située juste en deçà de la hauteur des minuscules qui la suivent.

Aussi, le H ne doit être ni trop large ni trop étroit. Des droites trop rapprochées pourraient être confondues avec deux « l », tandis qu’un écartement trop important laisserait un blanc inhabituel à l’intérieur du mot.

Le crénage du H majuscule doit donc se faire entre deux lettres au moyen de l’approche par paire, mais également en regard des deux tailles de caractère, les capitales et les bas de casse.

Le h minuscule

Le « h » minuscule, ou bas de casse, perd en hauteur : sa verticale, aussi appelée hampe, est légèrement plus courte que les deux droites de la majuscule. Cette perte est compensée par l’arche médiane, semblable à celle du « n ».

Visuellement, le bas de casse perd aussi la symétrie affichée par la capitale. De fait, les typographes veillent à conserver une hampe assez grande pour la distinguer du « n », tout en maintenant une arche équilibrée qui offre un contrepoids visuel.

En effet, une hampe trop haute, combinée à une arche trop étroite, donnerait l’impression que la lettre s’écroule vers l’avant. L’ajustement de la chasse, l’encombrement horizontal de la lettre, assure sa stabilité et rassure notre cerveau.

Cette illusion d’optique est particulièrement frappante dans les polices dites cursives imitant l’écriture manuscrite. Le pied de la hampe, souvent courbé vers l’intérieur de l’arche, n’altère pas son équilibre.

Si la stabilité du caractère est maintenue et sa lisibilité conservée, c’est parce que la hampe et l’arche respectent des propositions idéales, en termes de hauteur et de largeur.

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Lettre H : phonétique

En français, il existe deux types de « h », un dit muet, l’autre aspiré. Le problème, c’est que le premier n’est pas toujours muet et le deuxième jamais aspiré…

Le « h » muet

Ne produisant aucun son ou souffle, le « h » muet, bel et bien présent graphiquement, est totalement absent de la prononciation. Sa présence entraîne cependant deux phénomènes phonétiques particulièrement productifs en français : la liaison et l’élision.

La liaison, l’union de deux sons appartenant à deux mots contigus et ne formant qu’un seul syntagme ou unité syntaxique, est obligatoire devant un « h » muet. De fait, un homme et des humains sont prononcés « unomme » et « dézumains », notés respectivement [ɛ̃nɔm] et [dezymɛ̃] en alphabet phonétique international (API).

Phénomène phonétique et graphique, l’élision d’un mot consiste en la suppression de sa voyelle finale devant une voyelle ou un « h » muet. Ainsi, la dernière lettre du déterminant est remplacée par une apostrophe typographique dans les syntagmes l’homme et l’humain.

Qui plus est, la présence du « h » muet au sein d’un groupe syntaxique est nettement plus déterminante qu’on ne le croit. Si la grammaire requiert un déterminant féminin devant un nom féminin, le « h » muet contrevient à cette règle en changeant le genre du déterminant.

En effet, le nom commun histoire, féminin singulier, est précédé d’un déterminant masculin singulier, soit mon histoire, pour éviter l’hiatus, la collision, jugée inesthétique, de deux voyelles.

Le « h » aspiré

Le « h » dit aspiré placé en début de mot indique l’absence d’élision ou de liaison. Phonétiquement, il est tout aussi muet que l’autre, mais son rôle graphique le rend tout à fait visible.

Il est en effet à l’origine d’un phénomène phonétique appelé disjonction qui empêche l’élision ou la liaison d’un mot précédant une voyelle ou un « h ». Il se reconnaît facilement dans les formes un haricot, des haricots — et non des (z)haricots.

Ainsi, il y a disjonction lorsque le déterminant ne s’élide pas et ne change pas de genre devant un nom féminin singulier commençant par un « h ». Le mot honte, par exemple, ne peut produire les formes « l’honte » ou « mon honte ». Il est au contraire le noyau d’un groupe nominal entièrement féminin : la honte ou ma honte.

Dans le même ordre d’idée, l’adverbe tout varie devant l’adjectif honteuse (elles sont toutes honteuses), contrevenant à la règle d’invariabilité de l’écrasante majorité des adverbes.

En résumé, lorsque l’élision ou la liaison s’impose, le « h » initial est dit muet. En cas de disjonction, ces deux phénomènes sont considérés comme fautifs, et le « h » devient aspiré. Ce qualificatif, loin d’être idéal, est même tout à fait contraire à la production d’un son, qui nécessite l’expulsion, et non l’aspiration, de l’air par les poumons.

Le mot hello illustre parfaitement le « h » muet et le « h » expiré : les Français ne le prononcent pas, alors que les anglophones le marquent en expulsant une petite quantité d’air de leurs poumons. Il est impossible de prononcer ce mot en aspirant le « h » initial.

H muet ou expiré : l’explication historique
Lettre étymologique, le « h » muet n’est plus prononcé en latin vulgaire depuis fort longtemps (entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, mais ces dates sont difficilement vérifiables).

On le retrouve à l’écrit dans l’homme, l’habitude ou l’heure du latin hominen, habere et hora. On le retrouve aussi en grec ancien dans l’hégémonie (hēgemonia) ou l’hypocrisie (hupokritēs).

Toutefois, le français n’est pas uniquement composé de mots grecs ou latins. Les Francs, peuplade germanique parlant le francique, envahissent la Gaule au Ve siècle, transformant le paysage politique et linguistique du territoire gallo-roman.

Roi des Francs, Clovis chasse progressivement les Romains, les Wisigoths et les Burgondes (d’autres peuplades germaniques) pour unifier, sous l’appellation Francia « pays des Francs », une grande partie de la Gaule romaine.

Le H des Francs, à l’image du « ch » allemand ou du « h » anglais, est fortement expiré, et les locuteurs du gallo-roman conservent cette prononciation dans les mots empruntés aux Francs : hache, haie, hangar, houblon, etc.

À la fin du Moyen Âge, ce « h » expiré disparaît complètement du paysage linguistique. S’il est difficile d’affirmer avec certitude la raison de cette disparition, la contrainte phonétique exercée par l’élision associée à l’expiration semble être une théorie valide. En effet, l’expulsion d’une quantité d’air trop importante refrène mécaniquement le flot de paroles.

Résultant de cette contrainte phonatoire, le phénomène de disjonction distingue désormais deux H : le « h » muet, celui qui ne se prononce plus dans les mots latins ou grecs, et le « h » aspiré, plutôt expiré et donc prononcé, dans les langues germaniques.

Ainsi, l’honneur, du latin honorem, nécessite l’élision du déterminant qui le précède, alors que le homard, de humarr (emprunt des Francs au norois, une ancienne langue scandinave), requiert la forme longue du déterminant.

S’il n’y a plus aucune différence de prononciation entre les deux H en français moderne, il y a évidemment des exceptions au phénomène de disjonction. Ces exceptions interviennent entre élisions et liaisons, et distinguent les genres grammaticaux.

Par exemple, le mot hérisson, du latin hericio n’accepte ni élision ni liaison alors que son « h » initial, provenant du latin, est muet depuis deux mille ans.

Le mot héros, d’origine grecque (hērōs) affiche un « h » aspiré dans le héros, alors que l’héroïne conserve son « h » étymologique muet.

Quant au mot haut, il requiert une liaison dans Haut-Empire romain, interdit cette même liaison dans haut et fort, et refuse l’élision dans le haut du pavé.

Le français a tout à fait l’habitude de critères étymologiques obscurs et surtout de leur application à géométrie variable. Les exceptions sont tellement courantes qu’il y a même des élisions considérées facultatives, dont une est à l’œuvre, comble de l’ironie, dans le mot hiatus.

On peut essayer de retenir et d’appliquer ces règles tout à fait aléatoires. On peut aussi se contenter d’observer que le « h » aspiré, qui ne peut techniquement pas l’être et ne l’a jamais été, a bel et bien expiré en français…

Lettre H : graphique

Au-delà de son importance dans les phénomènes de liaison et d’élision, la lettre « h » se retrouve au cœur de deux digrammes, « ch » et « ph », qui illustrent les racines communes des langues européennes modernes.

Si l’association des lettres « p » et « h » produit le même son que celui de la lettre F, le digramme « ch » permet de différencier graphiquement et phonétiquement le mot français chat de l’anglais cat.

Toutefois, le digramme « ch » ne produit pas toujours un chuintement : à l’initiale de chlore, chaos ou choléra — des mots empruntés par le latin au grec ancien —, il se prononce comme le son [k].

En ancien français, les formes cat et chat, du latin cattus, sont en concurrence. Ce n’est qu’au XIVe siècle que les locuteurs du moyen français optent pour la forme chat, notée [ʃa] en API.

Il est donc tout à fait fortuit que le digramme à l’initiale de chat chuinte. Statistiquement, le mot avait tout autant de chances de se prononcer « à l’anglaise », avec une probable chute du « t » final — sur le même modèle que les contractus (contrat), attentatus (attentat) et autre status (état).

Trahir ou traire, il faut choisir…
L’influence phonétique du « h » s’illustre parfaitement dans le phénomène de la diérèse, la scission d’une syllabe en deux.

En français, deux voyelles successives tendent à se fusionner en une seule syllabe. La diérèse, au contraire, sépare cette syllabe et juxtapose les sons vocaliques. Ainsi, le mot pion est prononcé « pi-on » lorsqu’il subit une diérèse.

Le mot trahir, du latin tradire, a longtemps été écrit traïr, avec un tréma sur le « i » pour éviter le son [ɛ] du digramme « ai », qui l’aurait transformé en homophone du verbe traire

Entre le XIIe et le XIIIe, le « h » remplace le tréma dans sa fonction. Trahison, mot de la même famille, subit le même sort, alors que traitre se coiffe plutôt d’un accent circonflexe, progressivement abandonné, parce qu’inutile, en français moderne.

Au cours de son évolution, le mot cahier a présenté pas moins de quatre graphies différentes : quaier, cayer, quayer et cahier. Aucune de ces graphies ne change fondamentalement la prononciation du mot.

Si l’on peut aussi l’orthographier cailler, c’est parce que la diérèse phonétique est inexistante, et la présence graphique du « h » insignifiante. Muet, présent, mais inutile, le « h » trahit et maltraite depuis des siècles les locuteurs du français…

En résumé, le « h » muet n’est pas complètement mutique. Sa présence graphique influence nettement la prononciation d’un mot, en particulier lorsqu’elle est associée aux lettres « c » et « p ». Sans son « h », la phrase n’est que « prase » et perd même son statut de mot.

Toutefois, d’autres formes graphiques font fi de sa présence. Les digrammes « th » et « rh » de théâtre, théorie, rhume ou rhétorique ne présentent aucune modification phonétique si l’on supprime la lettre « h ». C’est aussi le cas de nombreux xénismes, des emprunts propres à une culture donnée (apartheid, khmer, Bhoutan, Dhaka, etc.).

Lettre H : symbolique

La lettre H, majuscule et minuscule, fait également l’objet d’un traitement lexical spécifique, comprenant symbole, abréviation et unités de mesure.

H et h : symboles, unités de mesure et abréviation
  • H : symbole de l’unité de mesure henry (électricité) ;
  • H : symbole de l’élément chimique hydrogène ;
  • H : abréviation de haschisch, drogue résineuse.
  • h : symbole de l’unité de mesure heure.
  • Bombe H : bombe à hydrogène, arme nucléaire dont l’énergie provient de la fusion de noyaux légers, dont l’hydrogène (contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas une bombe H qui a anéanti les villes d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945, mais une bombe A, pour atomique. La première bombe H est testée en novembre 1952 sur une île du Pacifique, au cours d’une démonstration de force sans caractère génocidaire.) ;
  • Heure H : repère temporel donnant lieu à une action décisive.

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Aude Charrin, MA

Traductrice et linguiste de formation, Aude a également enseigné le français à des jeunes en difficulté scolaire. Sa nouvelle mission : démocratiser la langue française en vulgarisant ses concepts.

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