In medias res, ou comment commencer une histoire sur les chapeaux de roues

N’importe quel auteur ou scénariste expérimenté connait la combine : le fait de commencer son récit en plein cœur de l’action est un gadget narratif qui a fait ses preuves.
Au diable les descriptions interminables et les récits d’arbres généalogiques sur dix-huit générations ; de nos jours, le lecteur/spectateur veut entrer immédiatement dans le vif du sujet !

En français (et dans bon nombre d’autres langues européennes), cette technique est nommée, selon une locution latine, in medias res.

In medias res exemple
« Elle avança à tâtons vers le carré de lumière – les formes sautillantes se faisaient de plus en plus nettes. Plissa les yeux. Sur l’écran, des jeunes femmes en tenue de deuil dansaient un twist endiablé avec de drôles de zèbres. Les veuves joyeuses étaient bientôt chassées par un bataillon de guerrières en combinaisons lamées. L’une des veuves était touchée. Pas grave, elle se relevait et toute la clique se déchaînait dans un ultime : “Eram, 130 F, il faudrait être folle pour dépenser plus !” Le spot publicitaire était tonique et déjanté. Comme ce début d’automne à Paris. Ses vacances à rallonge au bord de la mer avaient fini par l’emmerder. »

(Sophie Reungeot, Le bruit des avions – 2020)

Analyse :

Ce roman s’ouvre sur la mise en mouvement d’un personnage (elle avança à tâtons) et emploie un vocabulaire lié au champ lexical de la guerre, qui insuffle encore un peu plus de dynamisme à l’ensemble.
L’extrait ci-dessus est un cas typique d’incipit in medias res.

Si certains genres littéraires sont plus friands de ce procédé que d’autres (citons entre autres le roman policier et la science-fiction, mais ils ne sont pas les seuls…), la pratique, qui ne date pas d’aujourd’hui, se fait de plus en plus présente… et concerne tous les styles de littérature, y compris les plus inattendus.

Attention toutefois : dans les livres comme au cinéma, son usage présente quelques pièges dont il faut avoir conscience si l’on veut éviter d’égarer son lectorat dès les premières pages, ou son public dès les premières minutes du film…

Aller à l’essentiel, et bien plus encore
Prêter une attention particulière au début de ses textes est normal. Mais en tant qu’auteur, il est primordial de savoir tenir la cadence d’un bout à l’autre de votre œuvre si vous visez un résultat à la hauteur de vos espérances… et de celles de la personne qui vous lira.
Cela tombe plutôt bien, puisque corriger des dizaines de fautes d’orthographe ou de syntaxe, c’est possible, même a posteriori.
In fine, c’est vous qui gardez la main sur vos textes… mais qui peut se vanter de ne jamais avoir besoin d’un petit coup de main ?

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In medias res : définition et origine

L’expression latine in medias res signifie littéralement « au milieu des choses », « en plein cœur des évènements ».

In medias res : étymologie détaillée
  • in : préposition qui signifie « dans »,
  • medias : accusatif féminin pluriel de medius, signifiant « milieu »,
  • res : nom féminin pluriel signifiant « choses », « affaires », ou « événements ».

Sur le plan de la grammaire, il s’agit d’une locution adverbiale, que l’on utilise comme complément circonstanciel.

On peut éventuellement l’utiliser dans le langage courant pour signifier qu’une personne commence un discours ou une discussion sur les chapeaux de roues, en entrant immédiatement dans le vif du sujet, mais il s’agit dans ce cas d’un usage quelque peu détourné.

In medias res def
— Qu’as-tu pensé de la conférence ?
— C’était très dynamique, le professeur a commencé son discours in medias res ; il est allé droit au but et tant mieux.

À l’origine et en pratique, in medias res s’utilise le plus souvent pour parler de technique narrative, et plus particulièrement de la façon dont on débute un récit.
En effet, le terme renvoie à un procédé narratologique qui consiste à commencer un récit directement au cœur de l’action, sans introduction préalable ou mise en contexte détaillée.

In medias res exemple
« Jeanne, ayant fini ses malles, s’approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas.
L’averse, toute la nuit, avait sonné contre les carreaux et les toits. Le ciel bas et chargé d’eau semblait crevé, se vidant sur la terre, la délayant en bouillie, la fondant comme du sucre. Des rafales passaient pleines d’une chaleur lourde. Le ronflement des ruisseaux débordés emplissait les rues désertes où les maisons, comme des éponges, buvaient l’humidité qui pénétrait au dedans et faisait suer les murs de la cave au grenier. »

(Guy de Maupassant, Une vie – 1883)

Analyse :

La première phrase du roman ne commence pas par une description du paysage, de la météo ou une biographie succincte du personnage introduit, mais elle décrit d’emblée un mouvement.
En conséquence, le lecteur est immédiatement plongé dans une forme d’action.

L’expression est tirée de l’Art poétique d’Horace (65 av. J.-C. – 8 av. J.-C.), un poète de l’Antiquité romaine.
Parmi les exigences qu’il dresse quant à ce que devrait être une bonne poésie (et un bon poète), Horace énonce entre autres une mise en garde contre l’usage d’un deus ex machina… et affirme l’importance de commencer son récit en plongeant aussitôt le lecteur au cœur de l’intrigue.
Il qualifie alors cette pratique de technique in medias res.

Bon à savoir
In medias res possède un antonyme, lui aussi locution latine de son état : ab ovo, que l’on peut traduire par « à partir de l’œuf ».
En théorie, elle peut servir à qualifier les récits qui débutent par la narration des origines les plus lointaines ou des antécédents lointains d’une histoire, plutôt que par une scène qui se déroule au cœur de l’action.
Mais dans la pratique, contrairement à la locution in medias res qui a perduré à travers les siècles et s’est établie dans l’usage contemporain, cette expression est désormais très peu utilisée, y compris en narratologie.

Dans l’Antiquité, le récit in medias res concernait en majeure partie l’épopée, un long poème narratif en vers célébrant les exploits héroïques d’une personne ou d’un peuple, ou le théâtre.
À notre époque, tous les genres littéraires sont concernés par ce procédé littéraire, qui tend même à augmenter en proportion face aux nouvelles pratiques de lecture.
Il en est de même pour le cinéma, qui cherche lui aussi à happer un public toujours plus exigeant – et sursollicité de toutes parts – dès les tout premiers instants.

In medias res : comment bien le prononcer ?
À l’oral, on prononce le « s » de medias, ainsi que le « s » de res dans l’expression in medias res.
Grosso modo, cela donne « ine-mé-diass-ress ».

In medias res : le point orthographe

Comme pour de nombreuses locutions latines, orthographier in medias res correctement exige de se poser un instant pour éliminer quelques fautes courantes.

  • Puisque in medias res est une locution latine sans variation orthographique ni francisation de tout ou partie de ses termes, on l’écrit toujours en italique, quels que soient le nom qu’elle complète ou le contexte dans lequel on l’emploie.
In medias res italique
  • Les récits qui débutent in medias res sont ceux que je préfère.
  • Les récits qui débutent in medias res sont ceux que je préfère.

Il en est de même pour de nombreuses autres locutions latines, à l’instar de a contrario, ad hominem, annus horribilis, ou encore de facto.

  • Malgré cette tendance naturelle que l’on a d’ajouter aux locutions latines utilisées en français contemporain un signe typographique entre les mots qui la composent, la locution in medias res ne prend jamais de trait d’union.
In medias res tiret
  • Le problème avec les récits in medias res, c’est qu’on peut parfois manquer de contexte en tant que lecteur.
  • Le problème avec les récits in-medias-res, c’est qu’on peut parfois manquer de contexte en tant que lecteur.

In medias res : un procédé littéraire qui frappe fort

Le récit in medias res n’a pas son pareil pour capter l’attention du lecteur ou du spectateur dès les premières secondes.
En littérature, quel que soit le point de vue adopté (interne, omniscient, ou plus rarement externe…), une introduction in medias res apporte dynamisme et intérêt au récit. Il suscite la curiosité du lecteur, qui se laisse d’autant plus porter par l’intrigue.

Nota bene
Lorsqu’on parle d’un récit littéraire in medias res, on fait référence aux toutes premières lignes du texte, c’est-à-dire à l’incipit.
De ce fait, un premier chapitre qui commencerait par une page de description ou de contextualisation, puis enchaînerait avec une action initiée ou subie par un personnage ne saurait suffire à qualifier une histoire de récit d’in medias res.
Ce dernier nous plonge tout de suite au cœur de l’action.

Cela dit, à l’intérieur même d’une œuvre ab ovo, on peut trouver des chapitres in medias res, voire des scènes in medias res. Dans ce cas, c’est toujours les premiers mots de l’unité de texte observée qui déterminent le type de configuration dans lequel on se trouve.

Dans les faits, les récits in medias res les plus haletants démarrent bien souvent par une scène de conflit, de bataille, de fuite, de torture ou de mort.

In medias res exemple incipit
« Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang. »

(Pierre Lemaître, Couleurs de l’incendie – 2018)

Mais attention : l’action n’a pas nécessairement besoin d’être épique pour rentrer dans le champ de la technique in medias res.
Un prologue ou un premier chapitre débutant par la phrase « Jacqueline porta son doigt à sa bouche ; elle venait de se couper en épluchant son neuvième concombre du jour. » n’introduit pas une action particulièrement palpitante – c’est le moins que l’on puisse dire… –, mais cela reste tout de même une action physique, palpable.

Par ailleurs, un tel décalage n’est-il pas intrigant ? Pourquoi Jacqueline est-elle en train d’éplucher des concombres, et pourquoi le narrateur prend-il le temps de préciser qu’il s’agit du neuvième concombre de la journée ? Est-elle la parfaite ménagère que l’on imagine avec une introduction et un prénom pareils, ou est-ce une manière de mieux nous berner ?
Voyez tout ce que l’on peut suggérer en une simple phrase décrivant une action, même banale ; c’est là toute la force des récits in medias res.

Aussi, alors que cela était très mal vu il y a encore plusieurs siècles, il n’est plus rare que les récits contemporains débutent désormais par une réplique de dialogue.
C’est un autre exemple de technique in medias res, une prise de parole d’un personnage constituant de fait une action concrète.

In medias res dialogue
« — Au feu.
Ils sont cernés. Les flammes lèchent les murs. Le plancher craque et le plafond émet un grincement sinistre. Les enfants quittent la tiédeur de leur lit pour trouver l’épaisseur de la fumée. Ils sortent en trombe du dortoir. Une nuée de petits pieds nus martèlent le sol.
C’est l’affolement général. Le chaos. La cohue est telle qu’on ne voit plus rien. On tombe, on pleure, on crie. Il y a ceux qui s’entraident et ceux qui poussent pour passer en premier. La bassesse se manifeste dès le primat de l’existence.
La fumée pique les yeux et brûle les poumons. L’opacité rend toute avancée difficile. Alors, les petits font confiance à leur instinct de survie. Ils s’agrippent à la rampe de l’escalier. Cet escalier monumental qui fait la fierté de la maîtresse de maison. Des marches tellement lustrées qu’elles en deviennent glissantes. »

(Zoé Brisby, Les Femmes du France – 2026)

Puisque tout procédé présente ses avantages et ses inconvénients, et que l’introduction in medias res ne saurait déroger à la règle, le revers de cette technique est qu’elle diffère le temps de la contextualisation et des explications.
Cela ne constitue pas nécessairement un problème en soi, si la structure et le rythme du texte sont gérés en conséquence, et que les informations manquantes sont distillées dans la suite du récit.

Néanmoins, attention à ne pas maintenir l’action qui initie le récit in medias res trop longtemps après la fin de l’incipit, sans laisser le lecteur souffler quelques instants pour s’imprégner de l’ambiance de l’intrigue ou de se poser les bonnes questions.
Car, à vouloir démarrer trop vite, il y a toujours le risque de désorienter ou de perdre celui qui vous lit.
Tout l’enjeu d’un incipit est de trouver un équilibre entre immersion immédiate et mise en place équilibrée.
C’est encore plus le cas lorsqu’il se veut in medias res

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Tihay, L. (14 avril 2026). In medias res, ou comment commencer une histoire sur les chapeaux de roues. Quillbot. Date : 14 avril 2026, issu de l’article suivant : https://quillbot.com/fr/blog/locutions-latines/in-medias-res/

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Laurine Tihay, BA

Après une licence en lettres et sciences du langage, Laurine, férue de lexicologie et de grammaire, s’est spécialisée dans la correction éditoriale. Également initiée à la narratologie, elle en connaît un rayon sur les techniques d’écriture créative appliquées aux œuvres de fiction et leurs spécificités inhérentes aux littératures de genre.

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