Le registre merveilleux en littérature
Il a été pour la plupart d’entre nous notre premier portail vers l’univers de la littérature et de la fiction : le registre merveilleux, en ce qu’il dépeint un monde où magie et féerie sont considérées comme la norme, porte bien son nom.
Le registre merveilleux est plus qu’aucun autre celui du rêve et de l’enchantement.
Mais attention à ne pas confondre magie assumée et réalité altérée, soit le registre merveilleux avec son miroir obscurcissant, le registre fantastique…
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Je retiens
- Le registre merveilleux est un registre littéraire qui présente des éléments magiques et des faits surnaturels qui sont admis comme totalement normaux dans l’univers du récit.
- Il s’oppose en cela au registre fantastique, dans lequel le surnaturel fait irruption dans un monde réaliste et provoque doute et frisson chez les personnages comme chez le lecteur.
- Le conte, la fable et la fantasy sont ses genres littéraires de prédilection.
Registre merveilleux : définition
Le registre merveilleux est avant tout un registre littéraire.
Rappel : qu’est-ce qu’un registre littéraire ?
La notion de registre littéraire renvoie à l’effet émotionnel ou esthétique qu’un texte cherche à produire chez celui qui le lit.
Ce faisant, elle englobe l’ensemble des caractéristiques d’un texte qui provoquent des émotions et des réactions particulières chez un lecteur.
À ne pas confondre avec le registre de langue (courant, familier, soutenu…) ou le genre littéraire, le registre littéraire concerne notamment l’aspect formel, c’est-à-dire la façon dont le texte est écrit, plutôt que ce qu’il dit. C’est véritablement une question de ton, plus que de propos.
Bien utilisé par un auteur, le registre littéraire permet de provoquer une émotion ou de générer une réaction précise chez qui le lit.
Le nombre de registres littéraires identifiés varie selon les classifications et les mouvances, mais on connaît notamment :
- le registre tragique,
- le registre pathétique,
- le registre dramatique,
- le registre lyrique,
- le registre épique,
- le registre polémique,
- le registre laudatif,
- le registre didactique,
- le registre réaliste,
- le registre burlesque,
- le registre ironique,
- le registre comique,
- le registre satirique,
- le registre fantastique,
- et bien évidemment, le registre merveilleux…
Qu’est-ce que le registre merveilleux ?
Le registre merveilleux met en scène des événements surnaturels qui sont considérés étant normaux dans l’univers du récit. Autrement, la magie qui participe à la mise en place et au déroulement de l’intrigue n’est jamais remise en question.
De ce fait, les personnages ne sont généralement pas surpris par l’existence de ces phénomènes et de ces mondes ; ils les acceptent comme faisant partie de l’univers où ils vivent ou sont projetés.
Dès la scène d’introduction, la petite fille qu’est Alice voit passer un lapin qui tient une montre à gousset et saute partout en criant à la cantonade qu’il est terriblement en retard, ce qui ne semble pas l’étonner le moins du monde.
Alors qu’elle se risque à le suivre dans son terrier, intriguée par sa hâte soudaine, elle tombe dans un monde magique où elle rencontre, entre autres, une chenille qui fume un narguilé, un chien géant, et même un chat cynique doté du don de téléportation, sans qu’à aucun moment elle ne remette en cause l’existence de tous ces animaux anthropomorphes. De plus, elle mange des gâteaux qui la font tantôt grandir, tantôt rapetisser.
Un cadre spatio-temporel où la magie et le surnaturel font naturellement partie du décor, sans que l’on vienne les questionner, est typique du registre merveilleux.
Extrait :
« La Chenille et Alice se considérèrent un instant en silence. Enfin la Chenille sortit le houka de sa bouche, et lui adressa la parole d’une voix endormie et traînante.
— Qui êtes-vous ? dit la Chenille. Ce n’était pas là une manière encourageante d’entamer la conversation. Alice répondit, un peu confuse :
— Je, je le sais à peine moi-même quant à présent. Je sais bien ce que j’étais en me levant ce matin, mais je crois avoir changé plusieurs fois depuis.
— Qu’entendez-vous par là ? dit la Chenille d’un ton sévère. Expliquez-vous.
— Je crains bien de ne pouvoir pas m’expliquer, dit Alice, car, voyez-vous, je ne suis plus moi-même.
— Je ne vois pas du tout, répondit la Chenille.
— J’ai bien peur de ne pouvoir pas dire les choses plus clairement, répliqua Alice fort poliment ; car d’abord je n’y comprends rien moi-même. Grandir et rapetisser si souvent en un seul jour, cela embrouille un peu les idées.
— Pas du tout, dit la Chenille.
— Peut-être ne vous en êtes-vous pas encore aperçue, dit Alice. Mais quand vous deviendrez chrysalide, car c’est ce qui vous arrivera, sachez-le bien, et ensuite papillon, je crois bien que vous vous sentirez un peu drôle, qu’en dites-vous ?
— Pas du tout, dit la Chenille.
— Vos sensations sont peut-être différentes des miennes, dit Alice. Tout ce que je sais, c’est que cela me semblerait bien drôle à moi.
— À vous ! dit la Chenille d’un ton de mépris. Qui êtes-vous ?
Cette question les ramena au commencement de la conversation.
Alice, un peu irritée du parler bref de la Chenille, se redressa de toute sa hauteur et répondit bien gravement :
— Il me semble que vous devriez d’abord me dire qui vous êtes vous-même.
— Pourquoi ? dit la Chenille.
C’était encore là une question bien embarrassante ; et comme Alice ne trouvait pas de bonne raison à donner, et que la Chenille avait l’air de très mauvaise humeur, Alice lui tourna le dos et s’éloigna.
— Revenez, lui cria la Chenille. J’ai quelque chose d’important à vous dire !
L’invitation était engageante assurément ; Alice revint sur ses pas.
— Ne vous emportez pas, dit la Chenille.
— Est-ce tout ? dit Alice, cherchant à retenir sa colère.
— Non, répondit la Chenille.
Alice pensa qu’elle ferait tout aussi bien d’attendre, et qu’après tout la Chenille lui dirait peut-être quelque chose de bon à savoir. La Chenille continua de fumer pendant quelques minutes sans rien dire. Puis, retirant enfin la pipe de sa bouche, elle se croisa les bras et dit :
— Ainsi vous vous figurez que vous êtes changée, hein ?
— Je le crains bien, dit Alice. Je ne peux plus me souvenir des choses comme autrefois, et je ne reste pas dix minutes de suite de la même grandeur !
— De quoi est-ce que vous ne pouvez pas vous souvenir ? dit la Chenille.
— J’ai essayé de réciter la fable de Maître Corbeau, mais ce n’était plus la même chose, répondit Alice d’un ton chagrin. »
(Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles – 1865)
Le registre merveilleux est à l’opposé du registre réaliste (qui s’inspire strictement du réel, et où donc toute magie, même fictive, est bannie), même si les deux peuvent alterner au sein de la même œuvre.
Quant au registre fantastique, ils sont proches, mais se distinguent tout de même par une différence majeure.
Néanmoins, si dans le registre merveilleux tous ces éléments sont admis comme parfaitement naturels et jamais questionnés par les personnages, le registre fantastique fait surgir des faits magiques ou impossibles dans un monde bien réel. Ainsi, les protagonistes d’un texte écrit dans le registre fantastique sont pris de peur, de doute ou d’hésitation face à ces phénomènes auxquels ils ont toutes les peines du monde à croire. Quant au lecteur, il ne sait jamais vraiment si le ou les narrateurs sont fous, ou si les phénomènes et présences surnaturels sont bien réels.
Ainsi, le registre fantastique est généralement beaucoup plus sombre que le registre merveilleux.
Exemples contradictoires :
- Dans le conte de Cendrillon, la marraine la bonne fée transforme une citrouille en carrosse grâce à ses pouvoirs magiques pour que Cendrillon puisse se rendre au bal. Si Cendrillon et ses amis les souris sont émerveillés devant une telle prouesse, ils ne se montrent en aucun cas effrayés ou incrédules devant toute cette magie. Cendrillon relève donc du registre merveilleux.
- Dans la nouvelle de Guy de Maupassant Le Horla, l’histoire se déroule dans un univers réaliste, dans lequel des phénomènes étranges surviennent : l’eau et le lait du narrateur disparaissent, et il a l’impression de ressentir une présence qui l’observe en permanence. Ainsi, il a le sentiment de devenir fou, et ce doute gagne le lecteur : cet être surnaturel qui le poursuit, existe-t-il vraiment ? Rien qu’en tenant compte de cette incertitude prégnante, on peut identifier Le Horla avec certitude comme une œuvre qui appartient au registre fantastique.
Synthèse :
- Caractéristiques du registre merveilleux : univers magique, animaux anthropomorphes, objets magiques, émerveillement, pas de doute, de scepticisme ou de peur quant à la nature surnaturelle des éléments…
- Caractéristiques du registre fantastique : univers réaliste dans lequel surviennent des phénomènes étranges, peur, doute (partagé par le lecteur), incertitude, folie…
Le registre merveilleux vise deux objectifs principaux :
- faire rêver et émerveiller les lecteurs petits et grands,
- stimuler l’imagination, à laquelle on ne donne aucune limite.
En fonction du genre littéraire du texte qui l’emploie, le registre merveilleux peut également aider à transmettre une leçon de vie ou une morale en particulier de manière douce, imagée et ludique.
Ils étaient là, et les bourreaux se préparaient à les jeter dans la cuve, lorsque le Roi, qu’on n’attendait pas si tôt, entra dans la cour à cheval ; il était venu en poste, et demanda tout étonné ce que voulait dire cet horrible spectacle ; personne n’osait l’en instruire, quand l’Ogresse, enragée de voir ce qu’elle voyait, se jeta elle-même la tête la première dans la cuve, et fut dévorée en un instant par les vilaines bêtes qu’elle y avait fait mettre. Le Roi ne laissa pas d’en être fâché : elle était sa mère ; mais il s’en consola bientôt avec sa belle femme et ses enfants.
MORALITÉ
Attendre quelque temps pour avoir un Époux, Riche, bien fait, galant et doux,
La chose est assez naturelle,
Mais l’attendre cent ans,
et toujours en dormant,
On ne trouve plus de femelle,
Qui dormît si tranquillement.
La Fable semble encor vouloir nous faire entendre,
Que souvent de l’Hymen les agréables nœuds,
Pour être différés, n’en sont pas moins heureux,
Et qu’on ne perd rien pour attendre ;
Mais le sexe avec tant d’ardeur,
Aspire à la foi conjugale,
Que je n’ai pas la force ni le cœur,
De lui prêcher cette morale. »
(Charles Perrault, La Belle au Bois Dormant – 1697)
Les genres littéraires du registre merveilleux
Le registre merveilleux peut théoriquement faire irruption au sein de tout genre littéraire et dans toute forme de texte (roman, nouvelle, poésie, théâtre…).
Cependant, il est le cœur même de certains genres littéraires en particulier.
C’est le cas :
- du conte,
- de la fable,
- ainsi que du roman (ou de la nouvelle) de fantasy.
Le conte
S’il est un genre qui est celui du merveilleux par excellence, c’est bien le conte, et tout particulièrement le conte de fées, que l’on ne surnomme pas conte merveilleux par hasard…
Le conte de fées – qui ne contient pas nécessairement des fées – met en scène un univers où la magie et les phénomènes surnaturels sont considérés comme normaux, et acceptés de tous.
Ses personnages possèdent en effet des pouvoirs magiques ou des facultés exceptionnelles, à l’instar des sorcières, des ogres, des dragons, des gnomes, des animaux qui parlent et se comportent tels des humains (= animaux anthropomorphes), et même des objets magiques…
Cela n’étonne pas particulièrement la petite fille, ni le narrateur qui semble tenir ces comportements pour acquis.
Les lieux du conte peuvent être imaginaires ou enchantés (châteaux magiques, forêts mystérieuses, royaumes lointains…).
La fable
Genre littéraire immédiatement reconnaissable à son intrigue courte, la fable illustre un enseignement moral, éthique, philosophique ou pratique à travers une histoire simple, souvent remplie de symboles.
Elle met fréquemment en scène des objets, des éléments naturels ou des animaux pourvus de qualités typiquement humaines, telles que la parole (animaux anthropomorphes).
Les fables les plus connues sont bien sûr celles de Jean de La Fontaine (plus communément appelées Fables de La Fontaine).
Le Chêne un jour dit au Roseau :
Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon ; tout me semble zéphir.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La Nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin.
Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts. »
(Jean de La Fontaine, Le Chêne et le Roseau – 1668)
C’est cette combinaison d’éléments magiques (animaux qui parlent la langue des Hommes et se comportent comme des humains) et de non-remise en cause de leur caractère surnaturel qui permet de situer à coup sûr ce genre littéraire dans le registre merveilleux.
La fantasy
La fantasy (avec un « y » final, car le mot est issu de l’anglais) est un genre littéraire et cinématographique qui explore des mondes imaginaires imprégnés de magie à travers des histoires épiques et des personnages porteurs de caractéristiques fantastiques.
Il est, à ce titre, intimement lié au registre merveilleux.
- Le Seigneur des anneaux, J.R.R. Tolkien,
- À la croisée des mondes, Philip Pullman,
- Le Trône de fer, George R. R. Martin,
- La saga Harry Potter, J. K. Rowling,
- La Guerre des clans, Erin Hunter,
- La Quête d’Ewilan, Pierre Bottero…
L’éternelle confusion entre la fantasy et le fantastique vient bien sûr de leur préfixe commun, mais également de cette fameuse divergence entre le registre merveilleux et le registre fantastique.
Dans une œuvre de fantasy, les personnages acceptent totalement la magie du monde dans lequel ils vivent, tandis que dans une œuvre fantastique, un univers réaliste est perturbé par un ou plusieurs évènements et phénomènes étranges.
- Un roman ou une nouvelle de fantasy relève du registre merveilleux.
- Exemple : Dans Le Seigneur des anneaux, personne ne remet en cause l’existence de créatures surnaturelles telles que les elfes.
- Un roman ou une nouvelle fantastique relève du registre fantastique.
- Exemple : Dans La Métamorphose de Franz Kafka, le personnage de Gregor, un homme tout ce qu’il y a de plus conventionnel, se réveille un matin dans la peau d’un insecte monstrueux. Cette métamorphose défie la raison et les règles de notre monde réaliste.
Une odeur nauséabonde flottait en effet dans le couloir, un mélange de vieille chaussette et de toilettes mal entretenues. Ils entendirent alors un grognement sourd et un bruit de pas sonores, comme des pieds géants qui martelaient le sol. Ron montra du doigt un autre couloir qui partait vers la gauche : tout au bout, une masse énorme s’était mise en mouvement et avançait dans leur direction. Ils se recroquevillèrent dans l’obscurité et regardèrent la chose apparaître à la lueur d’une fenêtre que traversait un rayon de lune.
C’était un spectacle épouvantable. Près de quatre mètres de hauteur, une peau grise et terne comme de la pierre, un corps couvert de verrues, qui avait l’air d’un énorme rocher au sommet duquel était plantée une petite tête chauve de la taille d’une noix de coco. La créature avait des jambes courtes, épaisses comme des troncs d’arbre avec des pieds plats hérissés de pointes. L’odeur pestilentielle qu’elle dégageait défiait l’imagination. Le monstre tenait une gigantesque massue qui traînait par terre au bout de son bras d’une longueur interminable.
Le troll s’arrêta devant une porte et jeta un coup d’œil. Il agita ses longues oreilles comme s’il réfléchissait, puis il se baissa et s’engouffra lentement dans l’ouverture.
— La clé est dans la serrure, murmura Harry. On pourrait l’enfermer.
— Bonne idée, dit Ron, un peu nerveux.
La bouche sèche, ils s’approchèrent avec précaution de la porte ouverte, en priant pour que le troll n’ait pas l’idée de sortir au même moment. D’un bond, Harry parvint à attraper la clé, à claquer la porte et à la verrouiller.
Ravis de leur victoire, ils se mirent à courir le long du couloir, mais un cri perçant les arrêta net. C’était un cri déchirant, désespéré, et il venait de derrière la porte qui retenait le troll prisonnier.
— Oh non, dit Ron aussi pâle que le Baron Sanglant.
— C’était la porte des toilettes des filles, balbutia Harry, horrifié.
— Hermione ! s’exclamèrent-ils ensemble.
Ils n’avaient pas d’autre choix que de faire volte-face et de se précipiter pour aller rouvrir la porte. Les doigts tremblants, Harry dut s’y prendre à plusieurs reprises pour tourner la clé dans la serrure. Lorsqu’il parvint enfin à pousser la porte, Hermione Granger, plaquée contre le mur du fond, paraissait sur le point de s’évanouir. Le troll s’avançait vers elle en arrachant les lavabos des murs sur son passage.
— Essaye de l’attirer ailleurs ! lança Harry à Ron.
Il ramassa un robinet et le jeta de toutes ses forces contre le mur. Le troll s’arrêta à deux mètres d’Hermione, se retourna d’un mouvement lent et lourd et cligna ses petits yeux stupides pour essayer de voir ce qui venait de faire ce bruit. Son regard mauvais tomba alors sur Harry. Le troll hésita un instant, puis s’avança vers lui en soulevant sa grosse massue.
— Ohé, petite tête ! cria Ron qui s’était glissé de l’autre côté de la pièce.
Il lui jeta un tuyau, mais le troll ne sentit pas le choc sur son épaule. Il avait entendu le cri, en revanche, et il s’arrêta à nouveau, tournant vers Ron son mufle repoussant, ce qui donna à Harry le temps de passer derrière lui et de se précipiter sur Hermione.
— Viens ! Cours ! cria-t-il en essayant de la tirer vers la porte.
Mais elle était incapable de faire un geste et restait collée au mur, la bouche grande ouverte, figée de terreur. Leurs cris qui s’étaient répercutés en écho dans le couloir avaient rendu le troll fou furieux. II poussa un rugissement et marcha droit sur Ron qui était le plus près de lui et n’avait aucune issue. Empoignant sa baguette magique, Harry fit alors quelque chose qui était à la fois très courageux et très stupide : il prit son élan, sauta au cou du troll et parvint à s’accrocher derrière lui. Le troll ne sentait pas le poids de Harry, en revanche, il sentait très bien la baguette magique qui lui était entrée droit dans une narine. Avec un cri de douleur, la créature se trémoussa et brandit sa massue, Harry toujours accroché à son cou. À tout instant, le troll pouvait le jeter à terre d’un coup de patte ou réussir à lui abattre sa massue sur la tête.
Hermione s’était effondrée au sol, à moitié évanouie. Ron sortit sa propre baguette magique, sans très bien savoir ce qu’il allait faire. À tout hasard, il prononça la formule qu’ils avaient apprise au cours du professeur Flitwick :
— Wingardium Leviosa !
Aussitôt, la massue s’arracha toute seule de la main du troll, s’éleva très haut dans les airs, se retourna lentement et s’abattit avec un craquement sinistre sur la tête de son propriétaire. La créature vacilla, puis tomba en avant, face contre terre, avec un bruit sourd qui fit trembler toute la pièce. »
(Joanne Kathleen Rowling, Harry Potter à l’école des sorciers – 1998)
Reconnaître/mettre en œuvre le registre merveilleux
Contrairement à bon nombre de tons littéraires, on reconnaît davantage les éléments du registre merveilleux sur le fond que sur la forme.
Ici, ce n’est pas tant une question de figures de style que de cadre spatio-temporel ou de types de personnages.
| Les caractéristiques du registre merveilleux | |
| Lieux typiques | Types de personnages |
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| Vocabulaire/champs lexicaux | Ressenti du lecteur |
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- Demandez-vous s’il y a des éléments surnaturels dans le texte et identifiez précisément la façon dont ils sont présentés (perception des personnages, regard porté par le narrateur…).
- Si ces éléments sont admis comme naturels par les personnages, lesquels ne remettent pas leur existence en question, c’est du registre merveilleux.
- Si ces éléments surviennent par contre dans un univers réaliste qui peine, ou même refuse d’admettre leur existence et génèrent chez les personnages comme chez le lecteur un sentiment d’incertitude, voire de peur, alors pas de doute : le registre fantastique est à l’œuvre.