Le Deus ex machina, ou l’ennemi juré des auteurs de fiction

Qui n’a jamais regardé un film ou lu un livre dans lequel, alors que le protagoniste se trouvait dans une impasse totale, un personnage ou un artéfact débarqué de nulle part lui a apporté la solution à son problème sur un plateau ?
Il y a fort à parier que vous ayez alors soupiré devant une intrigue si téléphonée. Peut-être même avez-vous au passage pesté contre la fainéantise de l’écrivain/scénariste…

Derrière des apparences d’incompétence pure et de tricherie assumée, l’auteur vous a en fait initié à un procédé de narration à part entière, qui porte un nom bien spécifique : le deus ex machina.

Deus ex machina def
Locution latine signifiant littéralement « Dieu sorti de la machine ».
Dans le lexique contemporain, cette expression désigne une solution soudaine, providentielle – et souvent assez peu crédible – qui vient résoudre comme par miracle un problème auquel sont confrontés les personnages d’une histoire.

Il est vrai que lorsqu’on élabore une intrigue avec des éléments perturbateurs, des péripéties et des rebondissements, on se retrouve parfois face à un nœud narratif que l’on a nous-même serré, mais dont on ne sait pas très bien comment se dépêtrer pour aboutir au dénouement que l’on vise.
Cependant, amis auteurs et scénaristes, sachez résister à la tentation de la facilité, car le lecteur ou le cinéphile des années 2020 ne vous pardonnera pas l’utilisation d’un deus ex machina… Et il aura bien raison.

Un autre type d’aide providentielle, à plébisciter cette fois
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Deus ex machina : signification

Voilà une expression qui, jusque dans ses origines, ne manque pas d’ironie. Car, une fois n’est pas coutume en matière de locution latine, l’étymologie de la locution latine deus ex machina nous mène d’abord… à la langue grecque.
Deus ex machina est en réalité une traduction littérale de l’expression grecque Apò mêkhanễs theós, que l’on peut elle-même traduire mot à mot par « Dieu extrait de la machine », ou « Dieu sorti de la machine ».

Deus ex machina définition
Apò mêkhanễs theós (grec)
=
Deus ex machina (latin)
=
Dieu sorti de la machine (traduction française, jamais utilisée telle quelle)

Dans la Grèce antique, Apò mêkhanễs theós s’employait au théâtre. Cette locution désignait le fait d’utiliser une machine bien particulière pour faire apparaître depuis le cintre un acteur interprétant un dieu au-dessus de la scène.
Bien sûr, le cintre n’a rien à voir ici avec la barre courbée munie d’un crochet supérieur qui sert à suspendre les vêtements dans une armoire, mais désigne la partie qui se situe juste au-dessus de la scène au théâtre.

Ce procédé permettait alors de résoudre avec la plus grande facilité une situation bloquée dans l’intrigue, sans perdre en effet sur le spectateur – il faut comprendre que les effets spéciaux (et de surprise) étaient relativement limités par l’absence de technologie poussée dans l’Antiquité…
On l’utilisait notamment en masse dans la tragédie grecque. À titre d’exemple, Eschyle et Euripide se sont particulièrement illustrés dans l’usage du deus ex machina, dont leur œuvre est imprégnée. Pour vous donner une petite idée de sa popularité, les spécialistes du théâtre grec antique estiment que plus de la moitié des œuvres dramaturgiques d’Euripide font usage d’un deus ex machina

Plus tard, d’autres dramaturges, et pas que des tragédiens, s’empareront de la ficelle, à l’instar de Racine ou Molière.

Forcément, avec un tel succès, on ne pouvait que s’attendre à ce que le deus ex machina fasse des émules et dépasse les frontières du théâtre.
À notre époque, le deus ex machina est un vocable installé dans le langage dramaturgique au sens général.
Il s’applique désormais au cinéma, à la télévision et dans la littérature… souvent davantage pour le pire que pour le meilleur.

Le point orthographe
Comme avec de nombreuses locutions latines, orthographier deus ex machina correctement à coup sûr requiert de se poser un instant pour éliminer quelques fautes courantes.

  • À l’instar d’annus horribilis, de facto ou encore sine qua non, deus ex machina s’écrit toujours en italique.
    • Je ne comprends pas comment un tel deus ex machina a pu être validé par les scénaristes…
      Je ne comprends pas comment un tel deus ex machina a pu être validé par les scénaristes…
  • La locution deus ex machina ne prend jamais de trait d’union entre les mots qui la composent.
    • J’étais vraiment prise dans l’histoire, jusqu’à ce que l’auteur tire son personnage du bourbier dans lequel il s’était fichu par un deus ex machina des plus ridicules !
      J’étais vraiment prise dans l’histoire, jusqu’à ce que l’auteur tire son personnage du bourbier dans lequel il s’était fichu par un deus-ex-machina des plus ridicules !

Le concept de Deus ex machina appliqué à l’écriture d’œuvres de fiction

Dans l’Antiquité, quand les humains échouaient à résoudre leurs conflits ou à trouver leur voie, qu’une divinité vienne trancher pour eux ne semblait pas aussi invraisemblable. Au contraire, cela reflétait une vision du monde où les dieux pouvaient intervenir à tout moment dans les affaires humaines, en accord avec les croyances de l’époque.

De nos jours, lorsqu’il est question d’écrire ou de scénariser une œuvre de fiction, le deus ex machina revêt une connotation des plus péjoratives, et pour cause : il a tellement été utilisé afin de contourner des obstacles posés par l’intrigue d’un récit qu’il fait désormais figure de symbole ultime de la paresse scénaristique.

Un exemple concret de deus ex machina
Imaginons un roman d’amour dans lequel les deux protagonistes, Juliette et Adam, se retrouvent dans la même université et commencent par se haïr mutuellement sur la base d’une sordide histoire touchant leurs deux familles. En effet, onze ans plus tôt, le père d’Adam, commerçant, a assassiné par légitime défense le père de Juliette, qui, n’ayant pas assez d’argent pour nourrir sa famille, braquait alors son épicerie.
Malgré cette répulsion mutuelle initiale, Juliette finit par tomber amoureuse du fils de l’homme qui a pris la vie de son père. Dans le même temps, Adam nourrit également des sentiments ambivalents envers celle qu’il tient indirectement pour responsable de la destruction de sa famille, de l’incarcération de son père et de la dépression de sa mère.
Après plusieurs mois de relation clandestine, Juliette décide de révéler la vérité à sa mère et à ses sœurs, mais elles réagissent très mal. Désemparée, ne sachant que choisir entre privilégier son amour naissant pour Adam ou protéger sa famille, Juliette décide de quitter la ville sans prévenir personne et de partir refaire sa vie dans un autre pays.
Elle monte dans un bus de nuit pour l’aéroport et, alors que le car sort tout juste de la ville, le chauffeur percute de plein fouet un véhicule. Juliette, qui a justement fait renouveler son brevet de secouriste quelques jours plus tôt, part voir avec le chauffeur ce qu’il en est de l’état du conducteur de la voiture. Elle reconnaît alors avec effroi Adam, inconscient et le visage en sang, sur le siège conducteur.
Tandis que le chauffeur contacte les secours, Juliette procède à un massage cardiaque et un bouche-à-bouche. Dix secondes à peine avant que les pompiers prennent le relais, et alors que Juliette a interrompu le massage et sert un discours déchirant à Adam, le cœur de celui-ci repart, comme par miracle. Les pompiers n’en reviennent pas, ils n’ont jamais vu cela auparavant. « C’est un miracle », s’exclame le chauffeur. Tous les passagers du bus applaudissent.
À l’hôpital, Juliette révèle le pourquoi du comment de sa présence dans le bus à Adam et s’excuse d’avoir voulu s’enfuir. Ils se promettent de vivre leur amour au grand jour, et de faire fi des qu’en-dira-t-on. Leurs familles, qui viennent leur rendre visite et entendent tout par la porte restée ouverte, prennent la mesure de leur amour. Les mères décident d’un commun accord de leur donner leur bénédiction, et tout le monde se réconcilie dans une grande et belle embrassade collective.
Le jour où Adam sort de l’hôpital, les deux familles partent déposer des fleurs sur la tombe du père de Juliette.

Analyse, ou pourquoi le deus ex machina peut tuer une histoire :

Sur les centaines de milliers d’automobilistes que compte la région, il a fallu que ce soit justement Adam qui décide de conduire ce soir-là, de prendre cette route précisément, et de griller ce stop, à ce moment précis, alors que cette route est à l’opposé du campus universitaire et que rien dans le récit n’indiquait jusqu’ici qu’Adam l’empruntait régulièrement, ou même qu’il possédait une voiture…
Sur tous les passagers présents dans le bus, il a fallu que ce soit Juliette qui sorte avec le chauffeur et reconnaisse Adam.
Parmi toutes les manœuvres possibles et imaginables (dont le massage cardiaque et la ventilation externe), il a fallu que ce soit celle où Juliette délivre un monologue rempli d’amour à Adam qui permette de faire repartir son cœur.

Le dénouement de cette histoire, et plus particulièrement la collision entre le bus qui transporte Juliette et la voiture d’Adam, relève du pur et simple deus ex machina. L’auteur s’en sert pour remettre son récit sur les rails d’un dénouement heureux (ou happy end en narratologie) alors que tout semble perdu pour les protagonistes, mais la manœuvre sonne faux. Les mauvaises langues diraient que « la ficelle est un peu grosse », mais il y a tout de même un peu de cela…

Comme l’illustre l’exemple ci-dessus, dans son sens contemporain, un deus ex machina ne désigne pas nécessairement un personnage, et encore moins un dieu à coup sûr, mais il peut être un objet ou un événement.

Distinguer le deus ex machina d’un banal raccourci scénaristique n’est pas toujours chose aisée, mais il faut retenir que dans un deus ex machina, le protagoniste n’est pas force de proposition. Il subit les événements plus qu’il ne les provoque, et la solution vient à lui comme par enchantement ou suite à l’intervention d’un tiers qu’il ne connaît souvent même pas, et qui disparaîtra bien souvent du récit aussitôt le deus ex machina dépassé.
Or, le fait que ce soit les personnages, et plus particulièrement le protagoniste, qui fasse avancer l’histoire, est la marque d’un bon récit.

Nota bene
Le deus ex machina, même s’il intervient souvent dans le dernier tiers du récit (au moment où les personnages sont la plupart du temps plongés dans une immense tourmente), peut théoriquement survenir à tout moment du récit.
De plus, on peut en trouver plusieurs au sein d’une même histoire.

Au-delà du fait que sa survenue ne répond à aucune logique interne et que le lecteur ne peut pas le voir venir (puisqu’il tombe comme un cheveu sur la soupe), le principal problème dans le fait d’utiliser un deus ex machina pour faire avancer la dynamique de son récit, c’est qu’un lecteur ou un spectateur l’interprétera comme une démonstration de paresse créative. Pire, il en ressortira frustré, a fortiori s’il est grand lecteur ou cinéphile patenté.
Ladite frustration sera d’autant plus grande que le deus ex machina interviendra dans les derniers moments de l’histoire. Le public se dira alors : je me suis attaché aux personnages, j’ai lu toutes ces pages et j’ai espéré, tout ça pour ça… Autrement dit, il aura l’impression de ne pas en avoir eu pour son argent et/ou d’être pris pour plus bête qu’il n’est.

Ce tout ça pour ça est l’ennemi juré de tout conteur d’histoires. Qu’un lecteur ou un spectateur ne soit pas d’accord avec la direction prise par votre histoire ou en ait espéré une autre est une chose. Qu’il se sente floué, dupé ou même pigeonné en est une autre…

La littérature de genre, championne du deus ex machina
En matière de livres, c’est la littérature de genre, ou paralittérature, qui est la plus susceptible d’être concernée par le deus ex machina.
Cette catégorie désigne les œuvres littéraires qui s’attachent à respecter des conventions, thèmes et structures spécifiques, si bien qu’on peut facilement les ranger dans des « catégories prédéfinies ».

En ce qu’elle privilégie l’intrigue au style, on l’oppose à la littérature dite blanche, c’est-à-dire la littérature généraliste (ou, par abus de langage, littérature contemporaine).
De par le fait, l’intrigue en littérature de genre se doit d’être surprenante et haletante, ce qui fait d’elle un terreau particulièrement fertile pour le deus ex machina… au grand dam de ses lecteurs et de ses auteurs.

Le roman policier, la romance, la science-fiction, la fantasy, et la littérature d’horreur (ainsi que tous les sous-genres qui s’y rattachent) constituent les littératures de genre les plus connues.

De ce fait, le deus ex machina doit être évité comme la peste.
Seule exception notable : les récits de registre comique (tels que la parodie, la satire, l’absurde…).
Dans ce cas, le deus ex machina peut être tourné en dérision par le récit, mais uniquement s’il est assumé en tant que tel.
En d’autres termes, le lecteur ne doit jamais avoir aucun doute sur le fait que l’auteur est parfaitement au courant qu’il utilise un deus ex machina, et qu’il le fait pour s’en moquer sciemment.

Deus ex machina ≠ coup de pouce du destin
Attention à ne pas voir non plus dans chaque aide extérieure fournie au protagoniste un deus ex machina
Une intervention inespérée peut se justifier si elle est préparée en amont.

Par exemple, dans le premier tome des Hunger Games, lorsque Katniss est blessée dans l’arène, elle se réfugie en haut d’un arbre pour échapper aux autres tributs qui veulent sa peau. Elle ne dispose d’aucun moyen de se soigner seule ou de nettoyer sa plaie.
À la tombée de la nuit, alors que sa plaie commence à s’infecter sérieusement, une petite capsule amenée par un parachute lui livre le médicament dont elle a besoin, alors qu’elle n’a pas bougé d’un pouce et attendait la mort.
Mais ce deus ex machina n’en est vraiment pas… Car en réalité, le médicament est accompagné d’un petit mot écrit par un autre personnage resté à l’extérieur des jeux, Haymitch. Celui-ci lui fait comprendre que cette aide vient de ses sponsors, de généreux donateurs qui peuvent lui faire parvenir des vivres et des médicaments quand elle en a besoin, facilitant ainsi sa survie dans l’arène.
En évoquant le sujet de l’importance des sponsors à plusieurs reprises, cette intervention fait écho à des moments antérieurs dans le récit, et justifie l’existence de cette livraison.
Mieux encore, il permet d’entériner le fait qu’Haymitch, son mentor avec lequel les relations sont très tendues, soit en réalité un allié pour Katniss.

C’est toute la différence entre une aide providentielle qui répond à la logique du récit et un deus ex machina sorti de nulle part : les scènes antérieures du récit préparent le lecteur/spectateur à la survenue de l’événement, voire le justifient.
C’est sur ce même principe que s’appuie le fusil de Tchekhov, un procédé dramaturgique autrement mieux connoté selon lequel un élément introduit dans une fiction doit être justifié par la suite du récit. Par exemple, tout l’intérêt de parler de l’importance d’attirer des sponsors pendant la tournée de promotion dans le récit était, entre autres, de pouvoir apporter une solution de survie à Katniss au moment opportun. Ainsi, selon le principe du fusil de Tchekhov, tout ce qui est évoqué à un instant T doit servir soit au développement ultérieur de l’intrigue, soit à justifier le développement psychologique des personnages.

Bien évidemment, en tant qu’auteur, vous pouvez tout à fait revenir sur votre récit pour ajouter un fusil de Tchekhov après coup afin d’échapper à l’accusation de verser dans le deus ex machina. Mais attention avec ce genre de raccommodage : il faut que ce soit bien fait, sinon on peut vite voir les coutures…

La locution latine, une amie de l’écriture créative
Deus ex machina n’est pas la seule locution latine que l’on retrouve dans le champ lexical de l’écriture de fiction, ou même de l’écriture créative tout court. On peut citer en vrac In medias res, ou encore Modus operandi pour ce qui est de l’écriture de romans policiers.

Au-delà des locutions latines, le blog QuillBot a déjà publié de nombreux articles de fond au sujet de la création littéraire, afin par exemple de définir ce qu’est un narrateur et comment lui donner une place pertinente dans l’histoire, ou encore d’explorer les ressorts de chaque type de point de vue narratif (omniscient, interne ou externe).

Mais que ceux qui n’appartiennent pas à la catégorie des écrivains en herbe ne se désolent pas trop vite…
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Tihay, L. (3 avril 2026). Le Deus ex machina, ou l’ennemi juré des auteurs de fiction. Quillbot. Date : 9 avril 2026, issu de l’article suivant : https://quillbot.com/fr/blog/locutions-latines/deus-ex-machina/

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Laurine Tihay, BA

Après une licence en lettres et sciences du langage, Laurine, férue de lexicologie et de grammaire, s’est spécialisée dans la correction éditoriale. Également initiée à la narratologie, elle en connaît un rayon sur les techniques d’écriture créative appliquées aux œuvres de fiction et leurs spécificités inhérentes aux littératures de genre.

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